Culture

Le 6e du Festival du film méditerranéen d’Annaba ouvert vendredi : Annaba, capitale méditerranéenne du cinéma

La ministre de la Culture Malika Bendouda a ouvert vendredi soir la 6e édition du Festival du film méditerranéen d’Annaba, en présence de l’ambassadeur d’Égypte et de plusieurs actrices des deux rives. 55 films, 20 pays, et une conviction répétée tout au long de la soirée : le cinéma n’existe vraiment que lorsqu’il touche quelqu’un.

Le Théâtre régional d’Annaba a joué le jeu. Bahia Rachedi et Salah Aougrout côté algérien, Elham Chahine et Sohair El-Morshedy côté égyptien — des noms qui n’ont pas besoin de présentation dans les salles obscures des deux pays. Leur présence sur scène disait déjà quelque chose, avant même les discours, sur ce que ce festival essaie de faire depuis six ans : fabriquer de la continuité culturelle entre des cinémas qui se connaissent moins qu’ils ne le croient. Dans son allocution, Malika Bendouda a posé d’emblée la question centrale. «Le cinéma ne remplit pleinement son rôle que lorsqu’il arrive jusqu’au spectateur et interagit avec lui», a-t-elle déclaré. Une évidence, diront certains. Mais une évidence qui reste un chantier : en Algérie, le réseau de salles n’a jamais vraiment retrouvé son niveau d’avant les années 90, et l’accès aux films demeure inégal selon les villes. Le festival d’Annaba s’inscrit dans ce contexte — celui d’un pays qui cherche à réconcilier son public avec le grand écran. La ministre a précisé que le secteur «s’emploie à renforcer la diffusion des œuvres cinématographiques en exploitant les différents espaces», faisant de ces lieux «des moyens d’expression, de réflexion et de transmission de tout ce qui a trait à la société».

L’Égypte est l’invitée d’honneur de cette édition. Le choix n’est pas fortuit — il n’aurait guère pu l’être, au vu de ce que représente le cinéma égyptien dans l’imaginaire arabe. Bendouda a d’ailleurs pris soin de contextualiser cette invitation, y voyant le reflet «de la profondeur des liens historiques et culturels qui unissent les deux pays, notamment dans le domaine cinématographique», et rappelant «la place du cinéma égyptien dans le paysage culturel arabe et sa contribution à l’enrichissement de la mémoire artistique commune». Les films de Youssef Chahine ont longtemps circulé dans les salles algériennes. Les voix d’Oum Kalthoum passaient sur les mêmes ondes que celles de Warda. Il y a là une mémoire partagée que ce festival cherche à réactiver, sans nostalgie inutile.

Le commissaire du festival, Mohamed Allal, a de son côté situé la manifestation dans une ambition plus large : celle de «consolider le dialogue méditerranéen à travers l’image et de promouvoir le cinéma en tant qu’espace d’expression et de rapprochement entre les peuples». Projections, débats, ateliers thématiques — le programme jusqu’au 30 avril couvre les deux rives sans se limiter aux capitales. Vingt pays représentés, dont treize films étrangers projetés en première vision et 53 films algériens, c’est un volume qui distingue ce festival des événements purement symboliques.

L’ambassadeur d’Égypte Abdellatif Ellayeh a salué «une plateforme importante pour renforcer les échanges culturels et artistiques entre les pays», insistant sur son rôle dans «l’encouragement des jeunes talents». La formule est diplomatique, mais elle pointe quelque chose de réel : les cinémas méditerranéens vieillissent, les financements publics se raréfient, et les nouvelles générations de cinéastes cherchent des espaces pour exister sans passer obligatoirement par Paris ou Rome.

Le wali d’Annaba Abdelkrim Lamouri était également présent, ce qui n’est pas sans signification : dans une ville qui a longtemps souffert d’un déficit d’image, accueillir un festival international est aussi un argument local. Annaba a la mer, elle a le site de Hippone à quelques kilomètres — elle a désormais, pour une semaine chaque année, un festival qui la place sur la carte culturelle méditerranéenne. Ce n’est pas rien.

Mohand Seghir

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