Culture

6e Festival du film méditerranéen : Annaba célèbre Youcef Chahine

Il y a cinquante ans, un enfant prodigue rentrait au bercail. C’est sous ce signe que la conférence internationale tenue dimanche à Annaba, dans le cadre du 6e Festival du film méditerranéen, a rendu hommage au réalisateur égyptien Youcef Chahine, cent ans après sa naissance et 18 ans après sa mort. Une manière de rappeler que la relation entre le cinéma algérien et le cinéma égyptien ne relève pas du simple voisinage culturel, mais d’une histoire commune forgée dans les studios, les combats et les convictions. La conférence s’est articulée autour d’un constat que les participants ont tenu à formuler sans détour : l’Algérie n’a pas simplement ouvert ses portes au cinéaste alexandrin, elle lui a offert un espace de liberté que d’autres pays lui refusaient. Le 7e art algérien a, selon les intervenants, « constitué un soutien stratégique et un espace de liberté qui a permis au défunt Youcef Chahine de concrétiser sa vision intellectuelle et la dualité lutte-créativité qui a marqué son parcours artistique ». Ce n’est pas rien. Dans les années où Chahine tournait des films qui dérangeaient, l’Algérie lui fournissait des moyens, des équipes et une légitimité.

Le réalisateur égyptien Khaled Youcef, qui se revendique ouvertement comme un élève de Chahine, a insisté sur cette dimension nourricière. L’Algérie, a-t-il affirmé, « a créé un environnement fertile qui a contribué à enrichir les créations de Youcef Chahine ». Il a ajouté que la pensée du maître incarnait « l’unité du destin arabe, notamment en ce qui concerne la question palestinienne » — une question qui traversait les œuvres de Chahine comme une ligne de feu, de Jamila à La Terre en passant par Le Destin.

L’artiste Seïf Abdel Rahman a quant à lui évoqué les « moments exceptionnels » qui ont réuni Chahine avec les intellectuels algériens au fil des décennies, rappelant que plusieurs de ses œuvres produites en collaboration avec l’Algérie « s’opposaient ouvertement aux forces coloniales ». Le cinéma comme acte militant : c’était l’époque où l’on tournait non pas pour les festivals mais pour les peuples. L’actrice Soheir El-Morshedy, également présente à la tribune, a témoigné de l’homme autant que du cinéaste, éclairant ce qu’elle a appelé « l’esprit de collaboration artistique élevée qui a marqué la génération formée de géants de la créativité arabe ». Une génération qui croyait encore que le cinéma pouvait changer quelque chose.

En clôture, les participants ont formulé ce qui ressemble à un appel autant qu’à un bilan : la commémoration du centenaire de Chahine à Annaba constitue, selon eux, « un message de fidélité qui renforce la solidité des relations culturelles entre l’Algérie et l’Egypte et affirme la nécessité de relancer la production cinématographique méditerranéenne commune avec des visions militantes renouvelées en phase avec les enjeux actuels ». Le mot « militants » n’est pas choisi par hasard. Dans ce contexte, avec Ghaza en ruines et le monde arabe en recomposition douloureuse, la référence à Chahine est aussi une façon de dire que le cinéma ne peut pas se permettre de se taire. Le Festival du film méditerranéen d’Annaba, qui se tient du 24 au 30 avril, présente 55 films en provenance de 20 pays. L’Égypte est l’invitée d’honneur de cette 6e édition — un choix qui prend tout son sens au regard de la conférence de dimanche.

M.S.

admin

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *