« Hadda » projeté au Festival méditerranéen d’Annaba : Un hommage aux figures de l’ombre
Soixante-seize minutes pour raconter ce que les livres d’histoire résument en quelques lignes. Lundi après-midi, le théâtre régional Azzedine Medjoubi d’Annaba a accueilli l’avant-première de Hadda, un long-métrage signé Ahmed Riad qui met en scène une infirmière engagée dans la guerre de libération nationale. Une projection attendue, dans le cadre d’un 6ème Festival du film méditerranéen (24-30 avril) qui confirme, édition après édition, sa place dans le calendrier cinématographique de la rive sud. Le film suit le parcours de Hadda, Moudjahida soignante dont l’histoire incarne, selon le réalisateur, « l’héroïsme de la femme algérienne durant la glorieuse Révolution ». Le rôle est tenu par Lydia Larini, actrice algérienne dont la présence à l’écran portait lundi soir le poids d’un personnage construit sur le sacrifice et l’engagement. Ahmed Riad, qui signe ici son deuxième long-métrage, a confié que cette œuvre « ambitionne de contribuer à la préservation de la mémoire nationale ». Une ambition que le cinéma algérien porte souvent, pas toujours avec bonheur — mais qui, dans le cadre d’un festival à vocation méditerranéenne, prend un relief particulier : raconter sa propre histoire devant des regards venus d’ailleurs oblige à une certaine exigence narrative.
Le festival, lui, ne se réduit pas à cette seule avant-première. Quatorze films documentaires sont en lice dans leur catégorie, soumis au verdict d’un jury international réuni autour de l’Italien Paolo Sodi, directeur de la photographie qui en assure la présidence. Deux autres regards complètent l’équipe : la productrice espagnole Sara Mansanet Royo et l’ingénieur du son algérien Kamel Mekser. Un trio qui couvre à lui seul trois métiers fondamentaux du cinéma, ce qui n’est pas sans signification pour un festival qui revendique l’attention portée à la fabrication des films autant qu’à leur réception.
En marge de la compétition, les séances Classic screening offrent un autre plaisir, plus contemplatif. Bab El Hadid et Retour de l’enfant prodigue, deux œuvres du réalisateur égyptien Youcef Chahine, disparu en 2008, y sont projetées. Revoir Chahine à Annaba, c’est rappeler ce que la Méditerranée a produit de plus singulier en matière de cinéma : une manière de filmer les foules, les corps, les villes en crise, avec une énergie formelle que beaucoup ont imité sans jamais vraiment égaler.
La soirée de dimanche avait donné le ton avec une sélection de courts-métrages qui disait quelque chose de l’état du cinéma méditerranéen contemporain. Du côté algérien, La guérison de Sirine Ascir et Le reflet : ceux qui restent de Borhane Cherbal. Du côté de la Palestine, Je sais que tu peux m’entendre et El Qaher, deux titres dont les seuls intitulés suffisent à situer le propos. La Slovénie, la Grèce, le Liban, l’Italie, l’Égypte, l’Espagne et la Turquie complétaient ce tour de bassin méditerranéen en format court. Autant de manières différentes de cadrer un visage, une rue, un silence.
Mohand S.

