Journée d’étude sur la protection du droit d’auteur : Quand le livre résiste aux algorithmes
À Sidi Bel-Abbès, une journée d’étude a réuni universitaires et juristes autour d’une question qui brûle les doigts de tout auteur algérien : comment protéger une œuvre à l’heure où l’intelligence artificielle apprend à écrire ?
La Bibliothèque principale de lecture publique Mohamed El-Kabbati de Sidi Bel-Abbès n’avait rien d’un lieu assoupi. Universitaires, juristes, écrivains et éditeurs s’y sont retrouvés lundi pour une journée d’étude intitulée « Le livre : de l’idée à l’édition », organisée par la Direction de la Culture et des Arts en collaboration avec l’Université Djillali-Liabès. Au programme, une question qui agite de plus en plus le monde de la création : que reste-t-il du droit d’auteur quand une machine peut, en quelques secondes, produire un texte, un roman, une chanson ? Le Dr Demmouche Oussama, de l’Université Djillali-Liabès, a posé le décor d’emblée. Face aux progrès de l’intelligence artificielle générative, il a rappelé avec une conviction tranquille que « le livre demeure un projet issu de l’intelligence humaine pure ». Ce n’est pas qu’une déclaration de principe — c’est un argument juridique. Car si la machine produit, elle n’est pas auteure au sens du droit. Le problème, c’est que la loi, elle, peine à suivre le rythme. Adapter les mécanismes de protection juridique aux mutations technologiques accélérées, voilà ce que Demmouche a appelé de ses vœux, avec l’urgence de quelqu’un qui voit le chantier s’élargir plus vite qu’on ne le comble.
Sur le terrain du droit précisément, la Dre Lourad Naïma, de la Faculté de droit de la même université, a dressé un état des lieux de l’arsenal législatif algérien en matière de propriété intellectuelle. Des textes existent, des procédures aussi. Mais encore faut-il que les créateurs les connaissent. Elle a insisté sur « l’importance de la sensibilisation des créateurs aux procédures administratives d’enregistrement de leurs œuvres », seule garantie concrète contre le plagiat ou l’exploitation illicite. Un auteur qui ne dépose pas son manuscrit, c’est un auteur qui s’expose. Le message est simple, la réalité l’est moins : beaucoup d’écrivains algériens ignorent encore ces démarches élémentaires.
Venue de Mostaganem, la Dre Lout Zineb, de l’École normale supérieure, a glissé la journée vers des rivages moins juridiques, mais tout aussi concrets. Pour elle, passer de l’idée à la publication n’est pas un processus technique — c’est « un parcours sociologique et académique complexe ». Elle s’est adressée aux jeunes auteurs avec une franchise qu’on apprécie rarement dans ce genre de rencontres : le talent ne suffit pas. Il faut aussi savoir négocier avec une maison d’édition, comprendre les exigences de diffusion, ne pas sacrifier la qualité artistique sur l’autel de la visibilité immédiate. Concilier les deux, disait-elle, c’est le vrai métier. L’après-midi a laissé place à un atelier pratique animé par l’écrivaine et Dre Boukhari Kheira, qui a présenté un guide sur le droit d’auteur et les mécanismes de documentation des œuvres. L’idée était claire : mieux vaut apprendre à protéger son travail dès la première ligne écrite que de courir après des recours une fois le mal fait. Pour un auteur débutant, maîtriser ces bases juridiques n’est pas une formalité administrative — c’est une forme d’hygiène créative.
En marge des débats, une exposition consacrée aux publications locales et au patrimoine littéraire de la région a rappelé que Sidi Bel-Abbès n’est pas avare en plumes. Des noms, des couvertures, des trajectoires d’écriture étalés là, entre deux discussions sur les licences et les algorithmes — comme pour ancrer la question dans ce qu’elle touche vraiment : des gens, des textes, des années de travail qu’il serait indécent de laisser sans défense.
M.S.

