Soudan : L’ONU alerte sur la situation des enfants, « premières victimes » du conflit
Des millions d’enfants sont en proie à la pauvreté et à la violence au Soudan, en particulier dans la région du Darfour, a alerté l’Unicef mardi, regrettant que l’attention internationale ne soit pas à la hauteur de celle mobilisée il y a 20 ans. Alors que le conflit au Soudan entre dans sa quatrième année, « les enfants sont les premières victimes de cette crise », a déclaré devant la presse à Genève Sheldon Yett, représentant du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) au Soudan. Vingt ans après la crise du Darfour, « des millions d’enfants subissent une violence extrême, la faim et le déplacement. Mais cette fois, la crise est plus profonde et l’attention internationale est loin d’être à la hauteur de leurs souffrances », a-t-il poursuivi depuis Port-Soudan. M. Yett a établi un parallèle entre la situation actuelle et le premier rapport « SOS Enfants » de l’Unicef sur le Darfour publié en 2005, lorsque l’indignation mondiale avait suscité une vaste mobilisation humanitaire. « Aujourd’hui, le Darfour et le Soudan sont complètement oubliés, malgré l’ampleur de la crise et la complexité bien plus grande de la situation à l’époque », a regretté M. Yett. Selon l’Unicef, quelque 33 millions de personnes au Soudan ont besoin d’une aide humanitaire, dont plus de la moitié sont des enfants. L’organisation a alerté en particulier sur « la situation catastrophique » au Darfour, où 5 millions d’enfants « sont confrontés à une extrême pauvreté ». « Des maisons ont été incendiées, des écoles et des centres de santé endommagés ou détruits. Des familles ont été contraintes de fuir ». Sur place, « les enfants sont tués, mutilés, déracinés de leurs foyers et plongés dans la famine, la maladie et les traumatismes », a énuméré M. Yett. Assiégée pendant un an et demi avant d’être prise en octobre 2025 par les Forces de soutien rapide (FSR), la ville d’El-Facher (Etat du Darfour-Nord) a été le théâtre de nombreuses violences. « Depuis avril 2024, plus de 1.500 violations graves des droits de l’enfant ont été recensées » dans cette ville, selon Sheldon Yett, dont « le meurtre ou la mutilation de plus de 1.300 enfants (…) ainsi que des violences sexuelles, des enlèvements, et des recrutements » forcés. Depuis le début du conflit, les Nations unies ont comptabilisé plus de 5.700 violations graves commises contre des enfants à travers le pays, parmi lesquels plus de 4.300 meurtres ou mutilations, ajoute l’Unicef. Et au cours des trois premiers mois de cette année, au moins 160 enfants auraient été tués et 85 blessés, ajoute l’organisation. « Nous ne pouvons pas laisser l’histoire se répéter. Les enfants du Darfour ont besoin de protection et d’un accès humanitaire durable. Les parties au conflit doivent mettre fin à cette guerre brutale », a exhorté dans un communiqué Catherine Russell, directrice générale de l’Unicef. L’organisation onusienne a déploré mardi que son appel humanitaire annuel pour le Soudan n’est actuellement financé qu’à hauteur de 16%, ce qui, selon l’organisation, « met en péril les services vitaux destinés à des millions d’enfants ». L’Unicef exhorte ainsi les donateurs « à fournir un financement flexible et pluriannuel afin de maintenir les programmes vitaux et de venir en aide aux enfants ».
APS

