Festival national de la littérature et du cinéma féminins : Hommage à Biyouna
Sous le slogan « l’invisible fait l’image », le Festival national de la littérature et du cinéma féminins a ouvert ses portes samedi soir au théâtre régional Sirat Boumediene de Saïda, pour une neuvième édition dédiée à Biyouna, la comédienne disparue en 2025 dont la silhouette et la voix ont traversé quatre décennies de cinéma algérien. Palestine, Tunisie et Espagne étaient au rendez-vous, confirmant qu’un festival né dans une ville de l’intérieur du pays a fini par dépasser ses frontières. La cérémonie d’ouverture a commencé par un documentaire retraçant la carrière de Baya Bouzar, dite Biyouna, avant la projection du long métrage historique Ahmed Bey du réalisateur Jamel Choorjeh, en présence de son équipe. Le choix de ce film, qui revisite la résistance algérienne du XIXe siècle, n’était pas neutre dans une édition qui entend interroger ce que les femmes voient, montrent et racontent — y compris ce que l’histoire officielle laisse dans l’ombre.
Smaïl Ibrir, représentant la ministre de la Culture et des Arts, a insisté sur la fonction de ce festival comme « espace culturel fédérateur permettant aux créatrices d’exprimer leurs visions et aspirations dans les domaines de la littérature et du cinéma ». Le wali de Saïda, Amoumen Mermouri, a de son côté salué une manifestation qui « confirme la pérennité de ce rendez-vous culturel et consolide sa place parmi les grandes manifestations nationales ».
Le commissaire du festival, Karim Moulay, a précisé que l’événement vise à « découvrir de nouveaux talents et à encourager les œuvres traitant des problématiques et aspirations des femmes ». Ce n’est pas seulement une déclaration d’intention : le programme « Bourse Zermani », reconduit cette année, accompagne concrètement de jeunes auteurs dans l’écriture de scénarios, de la première idée jusqu’au traitement développé. Des master class sur les métiers du cinéma complètent ce volet de formation, rare dans une ville qui n’est pas Alger ni Oran.
Les projections couvrent un spectre assez large. Hadda d’Ahmed Riyad, Boubla de Yacine Bouaziz, Rokya de Yanis Goussim et Les Gardiens de la nuit de Nina Khedda figurent au programme des courts et longs métrages. La présence d’une réalisatrice parmi les cinéastes sélectionnés est notable, même si le festival aurait sans doute intérêt à pousser davantage la parité derrière la caméra, pas seulement devant. La dimension internationale de cette édition mérite qu’on s’y arrête. La Tunisie est invitée d’honneur. La Palestine occupe une place à part, avec la projection de Palestine 36 d’Ann Marie Jacir — un film qui retrace la révolte palestinienne des années 1930 — accompagné d’une série de courts métrages intitulée Femmes à distance zéro. Dans le contexte actuel, programmer du cinéma palestinien à Saïda en mai 2026 est un geste qui dépasse la programmation culturelle ordinaire. L’Espagne, elle, est représentée par l’écrivaine Ana Pellicer, qui interviendra sur le thème de « l’écriture espagnole au féminin entre tradition et modernité ». Une rencontre poétique avec les poétesses algériennes Karima Mokhtari et Wassila Boussis est également prévue.
Ce qui fait tenir ce festival depuis neuf ans, c’est peut-être moins le soutien institutionnel — réel mais fluctuant — que la continuité d’une exigence : celle de rendre visible ce que la production culturelle dominante tend à reléguer en périphérie. Les femmes qui écrivent, qui filment, qui jouent, qui composent ne manquent pas en Algérie. Ce qui manque parfois, c’est l’espace pour que leur travail soit vu autrement que comme une exception ou une curiosité.
M.S.

