Culture

Patrimoine immatériel : Un héritage à défendre

C’est dans une salle du musée Ahmed Zabana qu’un chercheur algérien a mis des mots, samedi, sur ce que beaucoup savent intuitivement sans pouvoir le formuler : le patrimoine culturel immatériel d’un pays ne se conserve pas seul, il se défend. Devant des représentants d’associations locales et des figures culturelles d’Oran, Slimane Hachi, directeur du Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques d’Alger, a livré une conférence dense sur l’état du patrimoine vivant en Algérie, ses acquis et ses dossiers en cours, dans le cadre du Mois du patrimoine qui se tient chaque année du 18 avril au 18 mai.

Le propos de Hachi n’était pas celui d’un fonctionnaire récitant un bilan. Il a rappelé que l’Algérie « a été pionnière dans la sauvegarde et la protection du patrimoine culturel », en s’appuyant sur un fait concret : la promulgation de la loi 98-04, qui couvre à la fois le patrimoine matériel et immatériel, bien avant que ces questions ne deviennent un sujet de consensus international. Plus significatif encore, il a précisé que l’Algérie « figure parmi les premiers pays à avoir ratifié la convention internationale pour la sauvegarde du patrimoine immatériel » adoptée par l’UNESCO en 2003, et qu’elle « a participé à l’élaboration de cette convention » — une nuance qui change la posture du pays : non pas suiveur, mais contributeur.

Les résultats de cette politique de long terme sont visibles sur les listes officielles de l’UNESCO. L’imzad, musique des femmes touarègues jouée sur un instrument à une seule corde, la chedda tlemcenienne avec ses costumes et rituels nuptiaux classés en 2012, la chanson raï et le couscous, inscrit en commun avec d’autres pays du Maghreb en 2020, comptent parmi les éléments que l’Algérie a réussi à faire reconnaître. À ces acquis s’ajoutent des dossiers déposés cette année : la blouse oranaise, vêtement féminin brodé dont la tradition remonte à plusieurs siècles, les chants des meddahates, ces femmes qui animent les cérémonies et fêtes populaires de l’Ouest algérien, ainsi que des dossiers conjoints avec des pays arabes autour des jeux traditionnels.

Hachi a par ailleurs présenté un aperçu historique de son institution, avant la projection d’un documentaire consacré précisément à la chedda tlemcenienne. Ce choix n’était pas anodin dans le contexte oranais : Tlemcen, à deux heures de route, incarne une tradition vestimentaire et musicale andalouse que la région revendique comme sienne. Ce qui ressort de cette conférence, au fond, c’est moins un catalogue de succès qu’une mise en garde discrète. Inscrire un élément à l’UNESCO ne garantit pas sa survie dans la pratique quotidienne.

M. Seghir

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