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Tebboune réponds aux campagnes hostiles : « L’Algérie n’hypothèquera ni son indépendance ni ses richesses »

Le Président Tebboune a souligné que l’Algérie ne renoncera pas à sa souveraineté n’e déplaise à ses adversaires.

Le président de la République a décidé de reprendre la parole. Face aux représentants des médias nationaux, lors de son entrevue périodique diffusée samedi soir en prime time sur les chaînes publiques de télévision et de radio, Abdelmadjid Tebboune a dressé, pendant plus de deux heures, un panorama sans concessions de la position algérienne sur les grands dossiers du moment : la visite historique du pape Léon XIV, la crise malienne, les libertés publiques et les relations avec Washington. Un discours articulé autour d’un fil rouge : la souveraineté.

L’entrevue intervient dans un contexte particulier. Depuis plusieurs semaines, une offensive médiatique nourrie, principalement depuis les milieux de droite et d’extrôme en France, multiplie les attaques contre Alger sur les terrains des droits, de l’histoire et des libertés. Les cas Boualem Sansal et Kamel Daoud, instrumentalisés par les nostalgiques de l’Algérie française ont fourni aux cercles hostiles à l’Algérie une matière abondante pour alimenter un discours de stigmatisation. C’est dans cet environnement tendu que Tebboune a choisi de parler, avec la méthode qui lui est propre : sans nommer ses adversaires, mais en répondant point par point à leurs accusations. La visite du pape Léon XIV, effectuée du 13 au 15 avril dernier, a occupé une place centrale dans les propos du chef de l’État. Et pour cause : le souverain pontife, en foulant le sol algérien, a produit un effet politique que personne n’avait anticipé avec une telle clarté. Tebboune l’a formulé sans détour. La visite a, selon lui, «réfuté le mythe de l’ancien colonisateur prétendant avoir été à l’origine de la création de l’Algérie», en mettant en évidence «l’enracinement historique de l’Algérie, qui remonte à saint Augustin et bien avant». La portée symbolique de cette déclaration dépasse le cadre diplomatique : c’est à la droite et à l’extrême droite françaises, qui s’évertuent depuis des mois à réduire l’Algérie à une création coloniale, que le président de la République répond, en s’appuyant sur l’autorité morale du chef de l’Église catholique.

La visite de Léon XIV a été qualifiée de «succès» par Tebboune, qui a précisé que ses entretiens avec le pape avaient porté sur «les relations bilatérales et la nécessité d’en faire des relations pérennes et enrichissantes pour les deux parties». Le président a également révélé avoir proposé au pape l’ouverture d’une ambassade du Vatican en Algérie, proposition qui a été «accueillie favorablement». Il a par ailleurs donné des instructions en ce sens à l’ambassadeur algérien auprès du Saint-Siège. Plus significatif encore, le pape a qualifié l’Algérie de pays méditerranéen «ouvert à toutes les cultures et à toutes les religions», un pays «qui n’a jamais persécuté les autres religions» — une réfutation en bonne et due forme des accusations récurrentes sur le traitement des minorités religieuses en Algérie.

Sur la question de la liberté d’expression, Tebboune a adopté un ton à la fois ferme et nuancé. Il a réaffirmé que cette liberté était «garantie» en Algérie, mais «à condition que les idées exprimées soient celles de leurs auteurs et non pas des idées dictées par des parties, dont le but est de semer la zizanie, porter atteinte ou créer une scission parmi les composantes de la société». La distinction qu’il trace est nette : entre l’expression libre et souveraine d’un citoyen d’une part, et la diffusion de contenus instrumentalisés de l’extérieur d’autre part. La justice algérienne, a-t-il tenu à préciser, intervient dans les affaires liées à l’expression d’opinion de manière «rare», ajoutant que «tout contrevenant aux principes statués par la Constitution, la loi algérienne et les traditions de la société en paiera le prix, car la justice est libre et elle a pour mission d’interdire l’injure et la diffamation».

Cinquième colonne

L’allusion à certains acteurs internes qui auraient compté sur des soutiens extérieurs n’a pas tardé. Tebboune a mis en garde contre «certains relais de la cinquième colonne qui se croyaient protégés par des parties étrangères qui les instrumentalisaient pour diviser la société, mais qui ont fini par comprendre qu’ils s’étaient fourvoyés sans qu’aucune partie ne puisse les protéger». Et de rappeler son engagement solennel pris lors de sa prestation de serment : «Je me suis engagé devant le peuple algérien à combattre quiconque oserait porter atteinte à l’unité nationale ou à l’une des composantes de l’identité nationale, qui sont protégées par la Constitution et les lois de la République.» Le chef de l’État a également rappelé que les lois algériennes «interdisent la réouverture des dossiers du passé douloureux», en référence directe à la loi sur la réconciliation nationale qui criminalise l’instrumentalisation des années de terrorisme.

Le président n’a pas manqué de retourner l’argument contre ceux qui donnent des leçons. Dans une formule qui résume l’irritation algérienne face aux doubles standards occidentaux, il a demandé : «Comment des pays occidentaux peuvent-ils prétendre qu’il y a des restrictions en Algérie, en se posant en modèles de démocratie, et infliger des peines d’emprisonnement à l’encontre de toute personne qui exprime sa sympathie envers la cause palestinienne sur les réseaux sociaux ?» La question est rhétorique, mais elle cible avec précision les démocraties européennes et américaines qui ont répondu à la vague de solidarité avec Ghaza par des poursuites judiciaires et des renvois d’universitaires.

Mali : « La force ne règle pas les problèmes »

La situation au Mali a mobilisé une partie importante de l’entretien. Le ton du président était celui de la douleur contenue et de la conviction inébranlable. «Nous sommes désolés de ce qui se passe au Mali. Ce n’était pas une prophétie, mais on savait que les choses allaient se gâter parce que le Mali est entré dans une phase qui ne pouvait mener qu’à la déstabilisation», a-t-il déclaré. La lecture algérienne de la crise est cohérente avec la position qui a toujours été celle d’Alger : le recours à la force ne règle rien. «Chaque fois qu’il y a un changement de direction au Mali, il y a une tentative de régler le problème par la force. La force ne règle pas les problèmes», a martelé Tebboune, dont le pays a été accusé à tort, selon lui, de s’immiscer dans les affaires maliennes.

Sur ce point, le chef de l’État a été catégorique. «L’Algérie n’a jamais été et ne sera jamais dans les affaires intérieures du Mali ou d’autres pays.» Les accords d’Alger de 2015, brandis par certains comme preuve d’une ingérence algérienne, sont, à ses yeux, «un fait malien, pas un fait algérien». Quant aux accusations formulées par certains éléments maliens, il les a renvoyées à leur source : «Certains éléments qui ont failli au niveau national cherchent à trouver un coupable, notamment en proférant des accusations contre l’Algérie.» La conclusion du président était teintée d’une émotion assumée : «Je parle avec le cœur parce qu’on aime le Mali. Nous n’allons pas déménager, le Mali ne va pas déménager. Et l’extrémisme n’a jamais été payant.» Tebboune a dit se montrer «persuadé» que les Maliens étaient capables de surmonter cette crise, et que l’Algérie restait prête à leur apporter son aide si elle était sollicitée, «comme elle l’a toujours fait depuis 1962».

L’Algérie jamais l’installation d’une base militaire étrangère

Le registre géopolitique plus large n’a pas été absent. Sur les relations avec les États-Unis, le président a livré une vision équilibrée. «Il y a un profond respect de la part des États-Unis envers l’Algérie et cela n’a pas changé», a-t-il affirmé, tout en revendiquant la posture de non-alignement qui définit la diplomatie algérienne depuis l’indépendance. L’Algérie ne renoncera jamais à ses amitiés avec la Russie et la Chine, et n’acceptera jamais l’installation d’une base militaire étrangère sur son sol. C’est précisément, a insisté Tebboune, «ce qui fait que l’Algérie soit un pays crédible». Sur la Palestine, le chef de l’État a réitéré la position algérienne intangible : la seule solution est la création d’un État palestinien dans ses frontières de 1967. La «paix des cimetières» recherchée par certains, a-t-il dit, «est un génocide qui ne mènera qu’à la Cour pénale internationale». Pour le Sahara occidental, il a estimé qu’«une résolution de l’ONU est en train de faire son chemin» et que les Américains «savent quelles sont nos idées».

Ce qui ressort de cette longue entrevue, c’est une cohérence de posture remarquable. Sur tous les dossiers abordés — interne comme externe — Tebboune a tenu le même fil : l’Algérie n’hypothèquera ni son indépendance ni ses richesses, «qui appartiennent exclusivement aux Algériens». La formule, prononcée avec la fermeté d’un axiome, résume peut-être mieux que tout ce que le président a voulu dire aux adversaires visibles ou cachés du pays : l’Algérie de 2026 n’est pas à vendre, ne se laisse pas dicter sa conduite, et n’a besoin de personne pour régler ses problèmes. «Par le passé, personne n’a été à nos côtés lorsque nous avons été confrontés à des épreuves», a-t-il rappelé. La mémoire pèse encore, et elle oriente toujours la boussole.

Salim Amokrane

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