Salon des produits algériens à Nouakchott : 500 millions de dollars d’échanges entre l’Algérie et la Mauritanie
Youcef Ghazi, président du Conseil d’affaires algéro-mauritanien, l’a annoncé mardi matin sur les ondes de la Chaîne 1, en marge de l’ouverture de la 8e édition du Salon des produits algériens à Nouakchott : le volume des échanges entre les deux pays a atteint près de 500 millions de dollars. Il y a quelques années, il plafonnait à 50 millions. Le bond est réel. Mais pour Ghazi, il reste insuffisant au regard de ce que les deux économies peuvent réellement s’offrir l’une à l’autre. « Les perspectives indiquent que ce volume peut être multiplié par dix », a-t-il affirmé, en conditionnant cette projection à l’achèvement et à la mise en service complète de la route terrestre Tindouf-Zouerate. Ce tronçon, encore en travaux, est présenté comme le maillon manquant d’une chaîne logistique qui relierait physiquement les deux pays et réduirait les coûts du transport à un niveau susceptible de transformer les flux commerciaux. L’événement qui sert de cadre à ces déclarations n’est pas anodin. Organisé par le ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, le salon de Nouakchott réunit cette année quelque 350 entreprises algériennes actives dans des secteurs aussi variés que l’agroalimentaire, les industries chimiques et plastiques, le BTP, la pharmacie, l’électronique, le textile ou encore la logistique. C’est la plus forte mobilisation enregistrée depuis la création de la manifestation. « Le salon n’est plus un simple espace de promotion commerciale », a déclaré Ghazi. « Il est devenu une plateforme concrète pour traduire la volonté politique en projets économiques tangibles. »
Parmi les faits marquants de cette édition, le retour en force du secteur du bâtiment et des travaux publics, absent des précédentes participations. 37 entreprises spécialisées dans les industries du fer et de la mécanique, auxquelles s’ajoutent des opérateurs du BTP, ont fait le déplacement. L’argument avancé : l’Algérie dispose d’une expérience éprouvée dans la construction de barrages, le tracé de routes, l’édification de ponts, les infrastructures ferroviaires et les stations de dessalement. Des savoir-faire exportables, selon Ghazi, vers l’ensemble des marchés africains. L’agroalimentaire n’est pas en reste, avec 59 entreprises présentes face à une demande mauritanienne et ouest-africaine en hausse. Les industries pharmaceutiques comptent 14 unités de production, les secteurs électronique et électroménager 27 sociétés, et plus de 30 startups ont également fait le voyage, signe d’une économie algérienne qui commence à regarder vers le sud.
Le discours de Ghazi s’inscrit dans un contexte plus large : celui de l’engagement de l’Algérie dans la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). « Ce dynamisme reflète une volonté politique forte de réaliser l’intégration économique et de cibler les marchés africains », a-t-il dit, évoquant des « horizons nouveaux pour le partenariat et l’investissement à l’intérieur du continent ». La Mauritanie, dans cette lecture, n’est pas seulement un partenaire bilatéral : elle est une porte d’entrée vers l’Afrique de l’Ouest, et une première étape dans une stratégie de diversification des exportations hors hydrocarbures que l’Algérie tente de mettre en œuvre depuis plusieurs années. Le succès de la démarche ne se mesure pas uniquement aux contrats signés lors du salon, a tenu à préciser Ghazi. « La réussite se mesure aussi à la solidité du réseau de relations économiques que nous construisons. » À ce titre, il a également mentionné des opportunités de coopération dans le secteur du tourisme, avec une progression des flux de voyageurs mauritaniens vers l’Algérie, soutenue par l’augmentation des liaisons aériennes entre les deux capitales.
Chokri Hafed

