Économie

Le président de la CAPC souligne des blocages qui persistent : « Les opérateurs algériens veulent investir ! »

Ils veulent investir. Ils ont l’argent, parfois le projet, souvent la volonté. Ce qui leur manque, c’est le reste : un terrain débloqué en temps voulu, des devises accessibles sans passer par le marché noir, une administration qui ne les oblige plus à courir d’un bureau à l’autre pour accomplir des formalités qui auraient dû disparaître il y a dix ans.

C’est le constat dressé ce dimanche par Souheil Guessoum, président de la Confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC), invité de l’émission L’invité du jour sur la Chaîne 3 de la Radio algérienne : l’Algérie regorge d’entrepreneurs prêts à passer à l’acte, mais le système les retient.

Le tableau d’ensemble qu’il brosse n’est pas pessimiste — il est précis. Le volume des déclarations d’investissement enregistrées à l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI) est, selon lui, « quand même considérable ». Le potentiel existe. Mais entre une déclaration et un chantier ouvert, il y a un parcours d’obstacles que les textes n’ont pas encore suffi à aplanir.

Premier nœud : le foncier. Sur le papier, une plateforme d’octroi existe. Dans les faits, les wilayas peinent à y transférer leurs données. « Même s’il y a une plateforme d’octroi du foncier, nous continuons à avoir quand même quelques problèmes de transfert du foncier des wilayas vers la plateforme », reconnaît Guessoum. Sa proposition est nette : retirer la gestion du foncier aux wilayas, la centraliser à l’AAPI et automatiser intégralement le processus d’attribution via un système d’intelligence artificielle. « Cela permettrait une transparence totale et une activité très rapide, un délai de réponse instantané pour l’octroi du terrain », plaide-t-il. Deuxième obstacle : la bureaucratie ordinaire, celle du quotidien, qui force encore un entrepreneur à multiplier les déplacements physiques pour des actes qui pourraient se régler en quelques clics. « Nous ne comprenons pas qu’aujourd’hui, nous devions encore nous déplacer chez un notaire, puis nous déplacer au niveau du registre de commerce, puis nous déplacer pour payer des frais au niveau de la banque, puis au niveau des impôts. Tout cela doit être dépassé », dit-il, sans ménager sa frustration. La digitalisation des services publics est présentée comme une priorité non négociable : « vraiment critique à ce niveau-là », selon ses termes.

Troisième point, peut-être le plus sensible : l’accès aux devises. C’est là que le discours de Guessoum touche à un tabou réel du système économique algérien. Un industriel qui a besoin d’une pièce détachée pour relancer sa ligne de production ne devrait pas, en 2026, se retrouver à arbitrer entre attendre une autorisation bancaire ou se tourner vers le marché parallèle. « Il est inconcevable qu’un industriel, qui est dans l’obligation de se déplacer, ait recours à des devises sur le marché parallèle ou n’ait pas accès à des devises rapidement pour acquérir une pièce détachée pour son usine », affirme-t-il. Et d’élargir le propos : « Tout cela doit être vraiment simplifié pour que nous puissions aller très vite dans l’industrialisation poussée de notre pays. Et si nous nous industrialisons encore plus, nous exporterons plus et nous sortirons de cette dépendance aux hydrocarbures. »

Cette dernière phrase résume tout. Ce n’est pas seulement une question de confort pour les chefs d’entreprise — c’est une question de trajectoire nationale. L’Algérie affiche depuis plusieurs années la volonté de diversifier son économie, de réduire sa dépendance à la rente pétrolière, d’industrialiser. Mais tant que les procédures restent aussi lourdes, tant que l’accès au foncier et aux devises demeure semé d’embûches, les déclarations d’investissement resteront des déclarations.

Amar Malki

admin

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *