Algeria Bid Round 2026 : Les data rooms ouverts le 1er juin
Le Bid Round 2026 porte sur sept périmètres d’exploration : El Borma II (Ouargla), El M’Zaid Nord (Ouargla), Illizi Centre I, Est Bordj Omar Driss I (Illizi), El Hadjira III (Touggourt), Touggourt Sud et El Benoud Est (El Bayadh).
À partir du 1er juin, les majors pétrolières qui lorgnent le domaine minier algérien pourront consulter les données géoscientifiques des sept zones mises en concurrence dans le cadre de l’appel à concurrence Algeria Bid Round 2026. L’annonce a été faite lundi à Alger par Samir Bekhti, président de l’Agence nationale pour la valorisation et la promotion des hydrocarbures (Alnaft), en marge d’une conférence internationale organisée en partenariat avec l’Association européenne des géoscientifiques et ingénieurs (EAGE). Elle marque l’entrée dans la phase opérationnelle d’un cycle engagé depuis plusieurs mois et qui, pour l’Algérie, dépasse largement la simple procédure administrative.
Lancé officiellement le 19 avril dernier au Centre international des conférences Abdelatif-Rahal, en présence du ministre d’État Mohamed Arkab et du PDG de Sonatrach, le Bid Round 2026 porte sur sept périmètres d’exploration : El Borma II (Ouargla), El M’Zaid Nord (Ouargla), Illizi Centre I, Est Bordj Omar Driss I (Illizi), El Hadjira III (Touggourt), Touggourt Sud et El Benoud Est (El Bayadh). Tous se situent dans des bassins du Sud que les géologues connaissent bien mais dont les profondeurs demeurent encore largement sous-explorées. Les sessions de data room et de clarification se poursuivront jusqu’au 31 octobre 2026, la date limite de dépôt des offres étant fixée au 26 novembre, avant une signature des contrats avec Sonatrach prévue pour le 31 janvier 2027.
Bekhti a présenté cette étape comme bien plus qu’une formalité technique. L’ouverture des data rooms, a-t-il précisé, « permettra aux acteurs et partenaires du secteur énergétique d’accéder aux données techniques et géo-scientifiques mises à disposition dans le cadre de ce processus », avec pour objectif de « fournir une compréhension plus approfondie du potentiel du domaine minier algérien ». Le propos est mesuré mais la portée stratégique est claire : mettre des arguments concrets sur la table.
Le Bid Round 2026 ne surgit pas du néant. Il s’inscrit dans une dynamique de reconquête enclenchée avec le Bid Round 2024, lui-même premier exercice du genre depuis dix ans — depuis les rondes infructueuses de l’ère 2011-2014, qui s’étaient soldées par un quasi-désert d’intérêt international. Lancé en octobre 2024, l’appel à concurrence 2024 portait sur six blocs d’exploration répartis sur plusieurs bassins sédimentaires, notamment ceux d’Oued Mya, d’Illizi, de Reggane, d’Ahnet-Gourara, de Berkine et de Gourara-Timimoun. À son issue, cinq licences d’exploration ont été attribuées : le bloc Ahara à un consortium TotalEnergies-QatarEnergy, le bloc Reggane II à ENI et PTTEP (Thaïlande), le bloc Zarafa II à ZPEC, le bloc Toual II au groupement autrichien Zangas et suisse Filada, et le bloc Qarn El Qessa II à Sinopec. Un seul périmètre est resté sans preneur. Selon Bekhti lui-même, cette première ronde « a abouti à des engagements financiers confirmés à hauteur de 600 millions de dollars dans des projets d’exploration, preuve tangible de la confiance des investisseurs ».
Ce résultat, encourageant pour Alger, a conduit Alnaft à innover dans sa méthode. En décembre 2025, l’agence a lancé un « Nomination Process », dispositif de consultation en amont permettant aux compagnies d’exprimer leurs préférences parmi un portefeuille de 24 blocs onshore avant même la publication formelle de l’appel d’offres. Ce mécanisme, selon Bekhti, permet de « concevoir des appels d’offres plus ciblés, plus attractifs et plus efficaces » et « reflète un changement dans l’approche de l’agence, passant d’une perspective unidimensionnelle à une approche basée sur l’écoute des partenaires, tout en préservant pleinement la souveraineté de l’État sur son domaine minier ». Traduction concrète : Alger fait du marketing sans brader ses actifs.
Les enjeux géoéconomiques de cette séquence sont considérables. L’Algérie reste le premier fournisseur de gaz de l’Europe du Sud, alimentant l’Italie via le gazoduc Transmed et l’Espagne via le Medgaz. Dans un contexte de recomposition accélérée des approvisionnements européens, sa position géographique entre l’Afrique, l’Europe et le Moyen-Orient lui confère une valeur stratégique que personne dans les capitales énergétiques ne sous-estime plus. L’Algérie vise une production annuelle d’environ 200 milliards de mètres cubes de gaz d’ici 2030, contre environ 137 milliards de mètres cubes par an en 2025. Tenir cet objectif exige d’ouvrir massivement le robinet de l’exploration, ce que les rondes successives tentent précisément de faire.
Offshore : l’écosystème est prêt
Bekhti l’a dit sans détour devant les géoscientifiques réunis lundi : l’Algérie entend « ouvrir un nouveau chapitre de partenariats, d’investissements et de développement technologique avec l’industrie énergétique internationale ». Et d’insister sur le fait que « cette initiative reflète notre détermination à bâtir un environnement transparent, compétitif, attractif et fondé sur des partenariats durables et mutuellement bénéfiques ». Sur l’offshore, secteur encore vierge pour l’essentiel, le président d’Alnaft a été encore plus direct : « Notre écosystème est prêt », affirmant que le cadre réglementaire et fiscal en vigueur est « très attractif » et que les nouvelles technologies permettent désormais d’envisager l’exploitation de ces ressources « avec confiance ».
Le représentant de TotalEnergies, Moufdi Chikh, présent à la rencontre, a d’ailleurs recadré les termes du débat en insistant sur la nécessité de « revenir aux fondamentaux » — comprendre : réduire les risques géologiques en transformant les données disponibles en valeur concrète — et en rappelant que les infrastructures pipelinières algériennes constituent un avantage différentiel réel. Baker Hughes, de son côté, a plaidé pour une co-construction du risque dès les premières étapes, signe que les prestataires de services cherchent eux aussi à s’ancrer dans un marché qu’ils sentent redémarrer.
L’Agence internationale de l’énergie estimait dans son rapport de septembre 2025 que la demande mondiale pourrait dépasser 45 millions de barils par jour et environ 2 000 milliards de mètres cubes de gaz par an d’ici 2050, dans un environnement où les routes maritimes de l’énergie restent sous tension. Pour l’Algérie, Alnaft a identifié au total 17 projets d’hydrocarbures à soumettre progressivement à la concurrence internationale.
Samira Ghrib

