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Sahara occidental : Lecourtier relance le débat sur la fausse neutralité de Paris

Les aveux de l’ambassadeur de France au Maroc Christophe Lecourtier, relancent le débat sur la véritable posture de Paris concernant le dossier du Sahara occidental. Les propos du diplomate lèvent le voile sur une neutralité qui cache un soutien actif à la colonisation marocaine du Sahara occidental, considéré par l’ONU comme un territoire non-autonome et dont le dossier est traité par le comité sur la décolonisation.

Christophe Lecourtier, ambassadeur de France au Maroc sur le départ, a reconnu publiquement que Paris avait été le premier pays à promouvoir le plan d’autonomie marocain comme solution au conflit du Sahara occidental, et que la France avait pleinement utilisé son siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU pour soutenir la position de Rabat. Des déclarations qui circulent depuis plusieurs heures sur les réseaux sociaux et qui ont rouvert, avec une acuité particulière, la question de la véritable posture de Paris dans un conflit que la diplomatie française a toujours prétendu avoir traité avec « équidistance ».

Ce n’est pas une fuite, ni un document confidentiel rendu public. Ce sont des propos tenus par le représentant diplomatique de la France à Rabat lui-même, rediffusés massivement sur les réseaux sociaux dans les dernières heures. Lecourtier a dit, sans détour : « Nous étions les premiers à promouvoir le plan d’autonomie comme solution à la question du Sahara occidental à l’époque. » Il a ajouté que la France avait utilisé son statut de membre permanent du Conseil de sécurité et s’était « fortement engagée » dans le soutien à la proposition marocaine. Des formulations que les chancelleries préfèrent habituellement garder hors microphone.

Pis, des propos attribués au même ambassadeur évoquant des interventions militaires françaises contre des colonnes du Front Polisario dans les années 1970. La France avait alors officiellement adopté une posture de non-belligérance. Ce que Lecourtier décrit contredit frontalement cette version des faits.

Le Front Polisario, reconnu par l’ONU comme le représentant légitime du peuple sahraoui, n’a pas été consulté lorsque Paris a décidé de peser de tout son poids diplomatique en faveur du plan d’autonomie marocain. Ce plan, rejeté par le Front Polisario et par la République arabe sahraouie démocratique (RASD), prévoit une gestion autonome du territoire sous souveraineté marocaine — formule que les Sahraouis considèrent comme une annexion déguisée, incompatible avec le droit à l’autodétermination inscrit dans les résolutions de l’ONU.

Rappelons dans ce contexte que l’Algérie a toujours affirmé que la France ne jouait pas un rôle neutre dans ce dossier. Les déclarations de Lecourtier lui donnent, sur ce point précis, une confirmation publique. Ces aveux ont soulevé d’ailleurs de larges questions sur la réalité de la position française face à la question sahraouie et remis en cause le discours de neutralité qui a accompagné la position officielle de Paris pendant des décennies.

Il faut replacer ces déclarations dans leur contexte immédiat. Lecourtier quitte son poste au Maroc. Il s’exprime donc en fin de mission, dans un moment où les diplomates sont parfois moins tenus par les formules consacrées. Mais la portée de ses propos dépasse le cadre de la confidence personnelle. En reconnaissant que la France a promu activement le plan d’autonomie et mobilisé son droit de veto potentiel au Conseil de sécurité au profit de Rabat, il décrit une politique étrangère délibérée, construite sur la durée, et non une simple inclinaison conjoncturelle.

Le problème n’est pas nouveau. Depuis le retrait espagnol en 1975 et les Accords de Madrid, la France a constamment freiné toute évolution de la position internationale vers la reconnaissance du droit à un référendum. Elle a voté des résolutions au Conseil de sécurité qui, progressivement, ont écarté l’option de l’indépendance au profit de formules plus vagues. Ce que Lecourtier décrit n’est donc pas une révélation pour qui suit ce dossier depuis ses origines — mais c’est la première fois qu’un ambassadeur français en exercice le formule avec cette clarté.

Lyes Saïdi

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