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Alors que Ghaza est en feu et que le nettoyage ethnique s’accélère en Cisjordanie : La Nakba, une réalité plus que jamais vive !

Soixante-dix-huit ans après l’exode forcé de centaines de milliers de Palestiniens, la Journée de la Nakba commémorée le 15 mai à l’ONU n’a pas eu les allures d’une cérémonie tournée vers le passé. Elle a été, au contraire, un constat brutal sur le présent : Ghaza brûle encore, ses habitants meurent encore, le nettoyage ethnique s’accélère en Cisjordanie et le monde regarde. Réuni au siège des Nations unies à New York, le Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien a tenu une séance spéciale marquée par des témoignages qui ont pesé lourd dans la salle. Les chiffres énoncés donnent le vertige. Le bilan de l’agression sioniste contre la bande de Ghaza s’établit désormais à 72 757 martyrs et 172 645 blessés depuis le 7 octobre 2023, en majorité des femmes et des enfants, selon les autorités sanitaires palestiniennes. Rien que lors des dernières 24 heures, 13 corps supplémentaires et 57 blessés ont été transférés vers les hôpitaux. Des dizaines d’autres victimes demeurent sous les décombres, inaccessibles aux équipes de secours. Face à ce tableau, le sous-secrétaire général de l’ONU pour le Moyen-Orient, l’Asie et le Pacifique, Khaled Khiari, n’a pas usé de circonlocutions. « La situation à Ghaza aujourd’hui est une catastrophe d’une gravité extrême », a-t-il déclaré, précisant que « la dévastation est considérable » depuis le début de l’agression. Il a rappelé que plus de 85 % de la population de l’enclave a été déplacée, souvent à plusieurs reprises, et que des habitations, des écoles, des hôpitaux et d’autres infrastructures ont été rasés, tandis que des civils continuent d’être tués malgré un cessez-le-feu qualifié de fragile. Sur le plan politique, M. Khiari a réaffirmé la position des Nations unies : Ghaza et la Cisjordanie, y compris Al-Qods-Est, forment « une seule et même unité politique et territoriale ». « Traiter l’une tout en négligeant l’autre ne fait qu’enraciner la fragmentation et perpétuer l’instabilité », a-t-il averti.

Le président du Comité, Coly Seck, a choisi des mots plus directs encore. « À Ghaza, ce n’est pas un cessez-le-feu. C’est moins de feu », a-t-il dit. « Moins de feu n’est pas la paix. » Derrière cette formule sèche, une réalité : des enfants continuent d’être tués, des familles chassées de chez elles, l’aide humanitaire bloquée ou entravée. M. Seck a réclamé un cessez-le-feu permanent et un accès humanitaire total à l’enclave. Il a aussi rappelé l’étendue des destructions matérielles : 35,2 milliards de dollars de dégâts directs, et des besoins de reconstruction estimés à plus de 71 milliards. « Ces chiffres donnent le vertige, a-t-il dit. Mais derrière chaque chiffre, il y a une maison. Une école. Un hôpital. Une vie interrompue. »

La séance a également été marquée par un moment d’une violence rare. La mère de Hind Rajab, fillette palestinienne tombée en martyre en janvier 2024 à Ghaza, a pris la parole. Elle a évoqué une « exécution brutale » et affirmé que son enfant avait reçu 355 balles. Un extrait audio des derniers instants de la petite fille a été diffusé dans la salle — on y entend son échange déchirant avec sa cousine et un secouriste du Croissant-Rouge palestinien. Le silence qui a suivi en disait plus long que n’importe quel discours. Le représentant permanent de la Palestine auprès de l’ONU, Riyad Mansour, a lu un message du président Mahmoud Abbas. La Nakba, a-t-il affirmé, « est en cours ce jour même ». Il a dénoncé une « injustice historique » et un « crime de nettoyage ethnique » perpétré contre le peuple palestinien. Des mots forts, qui résonnent d’autant plus que les faits leur donnent raison chaque jour.

Pendant ce temps, à Bruxelles, plus de 40 organisations européennes et quelque 150 médecins, universitaires et professionnels de santé ont adressé une lettre urgente aux plus hauts responsables de l’Union européenne — Ursula von der Leyen, Kaja Kallas, Antonio Costa et Olof Skoog, ainsi qu’aux ministres européens des Affaires étrangères. Leur demande est précise : la libération immédiate du Dr Hussam Abu Safiya, ancien directeur de l’hôpital Kamal Adwan dans le nord de Ghaza, détenu dans les geôles sionistes. « Le Dr Abu Safiya est en danger de mort à la suite de tortures extrêmement brutales », écrivent-ils. Des membres du personnel médical palestinien libérés le 9 mai ont témoigné des conditions subies par leur collègue, évoquant un processus de « mort lente ». « Sa vie ne tient plus qu’à un fil », alertent les signataires. « Vous avez le pouvoir de forcer l’entité sioniste à mettre fin à cette pratique inhumaine et à sauver sa vie avant qu’il ne soit trop tard. »

Des experts de l’ONU avaient déjà exigé la libération du Dr Abu Safiya en mars dernier. Sa détention a pourtant été prolongée. Il n’est pas seul dans cette situation : près de 100 membres du personnel médical palestinien sont actuellement détenus dans des prisons sionistes. Dix-huit médecins figurent parmi les plus de 431 professionnels de santé enlevés par l’armée sioniste depuis le début de l’agression.

La Nakba n’est pas un souvenir. Elle est une réalité qui se compte en morts, en ruines et en hommes emprisonnés pour avoir soigné des blessés. Le 15 mai sert chaque année à le rappeler. Cette année, il n’y avait pas besoin de chercher loin pour trouver des preuves.

Lyes S.

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