Musée Ahmed-Zabana : L’art du zellige se transmet
La Musée public national Ahmed-Zabana d’Oran a ouvert samedi ses portes à une vingtaine de participants venus apprendre à tailler, assembler et poser le zellige algérien. Deux jours de formation pratique, sous la conduite d’un maître-artisan de Tlemcen, pour que ce savoir-faire millénaire ne disparaisse pas dans le silence des ateliers désertés. L’initiative s’inscrit dans le Mois du Patrimoine, qui se tient chaque année du 18 avril au 18 mai et qui a pour slogan cette édition : « Notre patrimoine, notre civilisation. »
L’atelier, intitulé « Histoire d’argile et de couleur », est organisé conjointement par le musée et l’association touristique locale « Générations du futur ». Il réunit des étudiants de l’École régionale des Beaux-arts d’Oran, d’anciens stagiaires du Centre de formation professionnelle de Bir El-Djir, et des passionnés d’art décoratif qui souhaitent simplement comprendre de quoi est fait ce type de mosaïque si particulier. Hichem Sekkal, directeur du Musée Ahmed-Zabana, rappelle que cet atelier fait suite au Colloque national sur le zellige algérien organisé récemment par le Musée Abdelmadjid-Meziane de Chlef, en partenariat avec la direction du Tourisme et de l’Artisanat de cette wilaya. Une continuité assumée, qui témoigne d’une mobilisation de plusieurs institutions autour d’un même objet patrimonial.
Car le zellige n’est pas un artisanat comme les autres. Sa pratique en Algérie remonte au XIᵉ siècle, et les collections archéologiques du musée en portent la trace : des fragments de céramique géométrique issus de l’époque médiévale y sont déjà conservés. Aujourd’hui, c’est un dossier de candidature à l’Unesco qui attend d’être examiné. « Le dossier du zellige algérien est actuellement déposé auprès de l’Unesco en vue de son inscription sur la liste du patrimoine culturel mondial », précise Hichem Sekkal. Une démarche longue, incertaine, mais qui dit quelque chose de l’urgence ressentie par ceux qui travaillent à préserver cet héritage.
L’atelier est encadré par Medelci Sidi-Mohamed, maître-artisan originaire de Tlemcen, spécialisé dans cet art décoratif. Sous sa direction, les participants réaliseront deux panneaux inspirés des motifs utilisés dans les mosaïques du palais d’El-Mechouar de Tlemcen et du palais du Bey Mohamed El-Kebir à Oran. Les deux œuvres seront ensuite intégrées aux collections permanentes du musée, aux côtés des pièces archéologiques déjà présentes. Mokhtar Dabat, président de l’association « Générations du futur », insiste sur ce que l’atelier cherche à accomplir au-delà de la transmission technique : « valoriser le savoir-faire des artisans dans l’utilisation du zellige et les encourager à poursuivre cette activité afin d’en assurer la pérennité, ainsi qu’à créer des ateliers dédiés au zellige algérien pour préserver cet héritage. » Houria Boumediene, enseignante au Centre de formation professionnelle Ayad-Slimane de Bir El-Djir, observe un regain d’intérêt concret sur le terrain : « ce métier suscite désormais un grand intérêt chez les jeunes, ainsi que chez les passionnés d’art décoratif, qui rejoignent chaque année la spécialité « Poterie-Décoration » proposée par cet établissement de formation. » Ce n’est pas un engouement spectaculaire, mais une curiosité régulière, année après année, qui finit par compter.
En marge de l’atelier, le hall du musée accueille une exposition de céramiques signées Ahmed Benbekrit, artiste originaire d’Aïn-Temouchent. Ses pièces aux formes géométriques et aux couleurs soigneusement choisies prolongent, dans un registre plus contemporain, la même réflexion sur l’ornementation et la matière.
Mohand Seghir

