Une école des arts de la scène ouvre ses portes à Chéraga : « Corps et Accords » sur scène
C’est vendredi matin, dans le calme encore discret du quartier de Petit Staoueli à Chéraga, qu’une nouvelle école d’arts de la scène a ouvert ses portes. Baptisée « Corps et Accords », l’établissement a accueilli pour son inauguration artistes, parents et curieux venus découvrir ce que sa fondatrice, la multi-instrumentiste Linda Slaïm, décrit à l’APS comme « un espace de formation à l’expression artistique dans diverses disciplines », avec l’ambition déclarée de « devenir un pôle de formation aux arts de la scène en Algérie ». Le pari n’est pas mince. Dans un paysage culturel algérien où les structures d’enseignement artistique privées restent rares, l’école entend couvrir un spectre large : musique andalouse, moderne et classique, danse, théâtre et arts plastiques. La directrice pédagogique, Nawel Ouadah, a précisé que les cours de musique porteront sur « le chant et l’instrument », avec des formules adaptées, « en groupe ou en individuel », selon les méthodes appropriées à chaque discipline. Les instruments enseignés iront du qanun à la guitare, en passant par le violon, la mandoline, le luth, le piano et le chant polyphonique — ce que l’on appelle couramment la chorale. Pour la danse, les élèves pourront choisir entre le classique, le contemporain et l’oriental, avec une ouverture possible sur d’autres registres selon l’évolution des effectifs.
Ce qui distingue d’emblée le projet, c’est l’insistance de ses fondatrices sur la transmission. Linda Slaïm a placé au cœur du programme la « valorisation, la promotion et la transmission du patrimoine culturel algérien ». Pas un slogan de façade : la place accordée à la musique andalouse et au chant polyphonique dans la grille des disciplines le confirme. L’école mise sur « un enseignement de qualité », à la fois théorique et pratique, accessible à tous les âges. Pour le théâtre et les arts plastiques, deux disciplines que Nawel Ouadah qualifie volontiers de disciplines « aux exigences particulièrement élevées », l’établissement a recruté des « professeurs spécialisés » dont la mission sera d’« éveiller les instincts créatifs et artistiques » des élèves. L’encadrement général réunira des enseignants issus des écoles supérieures d’arts et du milieu associatif. La directrice pédagogique insiste sur un point : au-delà des exercices pratiques et des bases théoriques, les élèves devront développer ce qu’elle appelle l’« intelligence artistique » — la musicalité au sens large — et l’« esprit créatif ». La progression technique n’est pas une fin en soi ; c’est l’outillage qui permet ensuite à chacun de trouver sa propre voix.
L’ambition finale, Linda Slaïm la formule sans détours : faire de « Corps et Accords » « un espace où chacun peut développer son talent, s’épanouir et explorer son potentiel artistique ». La formule pourrait sembler convenue si le programme ne lui donnait pas une consistance concrète. À Chéraga, l’école ouvre à un moment où la demande des familles algéroises pour une formation artistique structurée et sérieuse se fait de plus en plus visible — les parents présents vendredi pour inscrire leurs enfants en témoignaient. Reste à voir si l’offre sera à la hauteur de l’attente. Les premières sessions diront si « Corps et Accords » tient ses accords.
M. S.

