Actualité

19 Mai 1956 – 2026: De la grève des étudiants à l’université 4.0

Le 19 mai 1956, les étudiants algériens posaient leurs stylos — non pour abandonner leurs études, mais pour rejoindre le maquis. 70 ans plus tard, l’Algérie commémore cette date en mesurant le chemin parcouru : d’une université héritée du vide colonial à un système qui ambitionne aujourd’hui de former les ingénieurs, chercheurs et entrepreneurs de l’économie de demain. La grève déclenchée sous la bannière de l’Union générale des étudiants musulmans algériens (UGEMA) reste l’un des actes fondateurs de la guerre de libération. En choisissant de troquer l’amphithéâtre pour les rangs de l’ALN, une génération entière d’étudiants avait signifié au colonisateur que la résistance n’était pas l’affaire des seuls combattants armés. Ces mêmes étudiants devinrent après l’indépendance les premiers cadres d’un État à construire de toutes pièces, dans un pays que cent trente ans de colonisation avaient méthodiquement privé de ses élites. L’Algérie a, depuis, bâti un réseau universitaire national couvrant l’ensemble du territoire. Mais la commémoration de cette année intervient dans un contexte particulier : l’université algérienne est en train de changer de nature. Le président Tebboune l’a formulé sans détour, en appelant à faire de l’institution universitaire « une locomotive essentielle à même de mener le pays vers le développement et la diversification de l’activité économique ». Il a également réitéré « l’engagement de l’État à promouvoir davantage l’université algérienne et le système de formation dans différents niveaux et spécialités, pour être au diapason de la réalité économique et des processus de transition vers l’économie de la connaissance ».

Les chiffres avancés par le secteur donnent une mesure concrète de cette ambition. En deux ans, 3 249 brevets d’invention ont été déposés. Quelque 310 start-up et 2 611 micro-entreprises ont été créées par des étudiants, auxquelles s’ajoutent 430 entreprises filiales installées au sein même des établissements universitaires. Pour accompagner cette dynamique, 134 incubateurs d’entreprises ont été mis en place, dont un incubateur numérique, 117 centres de développement de l’entrepreneuriat, 102 centres d’appui à la technologie et à l’innovation, et 89 maisons de l’intelligence artificielle.

La transformation touche aussi les programmes de formation. Des spécialités en cybersécurité, nanosciences, mathématiques appliquées et systèmes autonomes ont été introduites. L’intelligence artificielle et la robotique font désormais partie du paysage académique ordinaire — du moins dans les établissements qui ont engagé leur mue numérique. Sur ce plan, le ministère de l’Enseignement supérieur gère aujourd’hui 73 plateformes intégrées à son système numérique, et déploie une carte étudiante unifiée donnant accès aux infrastructures et services de restauration.

Le regard vers l’extérieur s’affirme également. La deuxième édition du programme « Study in Algeria » vient d’être lancée, destinée aux étudiants étrangers souhaitant s’inscrire dans des établissements algériens dans un cadre contractuel. L’initiative vise à diversifier les sources de financement et à améliorer le rayonnement international d’un système qui a enregistré, pour la première fois, des positions honorables dans le classement mondial QS par disciplines académiques pour 2026, aux niveaux arabe et maghrébin. Ces avancées sont réelles. Elles ne doivent pas occulter les défis qui restent posés : l’adéquation entre les diplômes délivrés et les besoins du marché du travail, l’attractivité des carrières de recherche, ou encore l’inégale répartition des infrastructures sur le territoire. Mais le cap est fixé. Et la date du 19 Mai, qui célèbre des étudiants ayant tout sacrifié pour que l’Algérie existe, donne à cet effort une profondeur que les classements internationaux ne mesurent pas.

Chokri Hafed

admin

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *