La campagne électorale approche : Les partis sur les starting-blocks
À quelques jours de l’ouverture officielle de la campagne électorale et à moins de six semaines du scrutin du 2 juillet, les partis politiques algériens ont profité du week-end pour étaler leurs bilans de préparation et dégainer leurs slogans. Conférences de presse, réunions de militants, dévoilement de programmes : la mobilisation s’est accélérée samedi à Alger — et dans certaines wilayas du Sud — dans un calendrier qui laisse peu de marge. Car le temps presse vraiment : la campagne officielle doit s’ouvrir début juin, et la semaine qui vient sera en grande partie absorbée par le congé de l’Aïd El Adha. Autrement dit, les états-majors partisans disposent de quelques jours ouvrables à peine pour boucler leurs dispositifs avant que la rue politique ne reprenne ses droits.
C’est le cas du Front de la bonne gouvernance. Son secrétaire général, Aïssa Belhadi, a dévoilé samedi lors d’une rencontre avec les militants à Alger le programme électoral du parti, articulé autour du slogan « L’accompagnement et la participation, notre choix ». M. Belhadi a décrit un programme fondé sur « des cadres de référence intellectuels fondés sur les principes de la bonne gouvernance et la consécration des valeurs de transparence et de contrôle, de manière à garantir l’efficacité de la performance des institutions ». Il a appelé les électeurs à « donner leurs voix aux candidats qu’ils jugent les mieux à même de les représenter à l’Assemblée populaire nationale » — formule convenue, mais qui résume l’enjeu central de cette séquence électorale pour les formations de taille moyenne : exister dans le paysage, convaincre avant même que la campagne ne soit officiellement lancée.
Le parti El Karama, lui, a préféré les chiffres au discours. Son président Mohamed Daoui a annoncé lors d’une conférence de presse que la formation « a déposé les listes de ses candidats au niveau de 28 wilayas à travers le pays », après avoir « entamé la mobilisation de ses bases à travers les différentes wilayas, afin de remplir les conditions légales requises ». M. Daoui a présenté ces législatives comme « une étape importante pour conforter la présence du parti sur la scène politique » et a évoqué la poursuite du travail organisationnel en vue des élections locales à venir. Une logique de fond de carte, en somme : être présent partout pour peser dans les prochains scrutins.
Sawt Echaab a affiché des ambitions plus larges. Son président Lamine Osmani a annoncé le dépôt de 58 listes de candidatures — 54 à l’intérieur du pays et quatre pour les circonscriptions de la diaspora — et a appelé à « une large participation » au scrutin, « convaincu que la poursuite de la concrétisation du rêve des chouhada d’édifier une Algérie forte, dotée d’institutions solides, requiert une classe politique forte ». M. Osmani a insisté sur la mobilisation des jeunes électeurs, qu’il a présentée comme « un défi qui requiert un discours politique fort ». Discours rodé, couverture territoriale réelle : Sawt Echaab se positionne parmi les formations qui visent une représentation effective à l’APN.
TAJ, de son côté, a joué la carte de la diversité interne. La présidente Fatima Zohra Zerouati a détaillé une présence dans plusieurs grandes wilayas, « s’étendant de l’extrême sud au nord du pays, à l’instar d’Alger, Oran, Skikda, Djelfa, El Bayadh et In Salah », avec deux circumscriptions à l’étranger — Marseille et Lille. Les chiffres sur la composition des listes ont retenu l’attention : 40 % de femmes, trois têtes de liste féminines, 55 % de jeunes, plus de 80 % d’universitaires. Le parti participera sous le slogan « Nous nous engageons avec vous ». Ces données traduisent une volonté de moderniser l’image du parti autant que de séduire un électorat jeune et diplômé.
Du côté du Parti des travailleurs, Louisa Hanoune a présidé samedi une réunion du bureau de wilaya d’Alger consacrée au bilan des candidatures. La secrétaire générale a justifié la participation du PT par la nécessité de « contribuer à la protection du pays contre les menaces extérieures en prenant part au renouveau institutionnel » — cadrage souverainiste qui lui est habituel. Elle a indiqué que le parti « s’attelle à l’élaboration de son plan d’action pour la campagne électorale, qui sera animée à travers l’ensemble des wilayas du pays », ajoutant que les listes validées « comprennent des compétences et des jeunes pleinement investis capables de défendre le programme du parti ».
Le Front des forces socialistes, lui, a choisi une autre géographie pour sa communication. Son premier secrétaire national Youcef Aouchiche s’est rendu jeudi soir à Illizi, dans l’extrême sud-est du pays, pour une rencontre avec les militants locaux. Il y a abordé la participation du parti aux législatives, mais aussi les questions de développement local, d’emploi des jeunes et de sécurité alimentaire et énergétique — signaux destinés à une wilaya dont les préoccupations diffèrent de celles des grandes métropoles du nord. Le déplacement lui-même est un message : le FFS entend exister au-delà de ses bastions traditionnels.
Malik Meziane

