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Dépenses publiques, acquis sociaux, investissements et grands chantiers économiques : Quelles priorités pour 2027 ?

Le ministère des Finances a lancé le 19 mai le coup d’envoi officiel de la préparation du projet de loi de finances 2027. La lettre de cadrage adressée aux ordonnateurs du budget de l’État ne cache rien des contraintes qui pèsent sur l’exercice : rationnaliser les dépenses et un agenda de diversification économique qui ne souffre plus de délais. Le message du premier argentier du pays est direct — chaque dinar dépensé devra produire un résultat mesurable.

La lettre s’ouvre sur un constat clair: la conjoncture internationale est «marquée par des tensions géopolitiques et commerciales persistantes», avec des perturbations dans les chaînes d’approvisionnement mondiales et des incertitudes sur les marchés énergétiques. Traduction : le prix du pétrole peut monter, il peut descendre, et l’État ne peut plus se permettre de construire ses budgets comme si la rente était illimitée. Le cadrage macroéconomique prévisionnel table sur un taux de croissance global de 4,4% et un PIB en progression, mais avec un prix de référence fiscal du baril ancré à 60 dollars et une baisse anticipée des volumes d’exportation d’hydrocarbures de l’ordre de 0,5%. Ces chiffres ne sont pas alarmants. Ils sont simplement honnêtes sur ce que la dépendance aux hydrocarbures implique à moyen terme : des marges de manœuvre qui se rétrécissent. C’est dans ce cadre que le ministre fixe la philosophie du PLF 2027 : «le niveau des dépenses publiques devra être guidé par la soutenabilité budgétaire à moyen terme et la nature limitée des recettes.» Dit autrement, la gestion budgétaire ne peut souffrir d’aucune largesse injustifiée, et le cap est mis sur la rationalisation, l’efficacité de la dépense et la viabilité du budget de l’Etat.

Tour de vis sur les dépenses

La priorité numéro un côté investissement est tranchée : les projets en cours passent avant tout. La lettre de cadrage est explicite là-dessus — «la priorité absolue en matière de dépenses d’investissement est accordée au parachèvement des opérations en cours de réalisation, notamment celles ayant un taux de réalisation de plus de 70%.» Les nouvelles inscriptions budgétaires ne seront acceptées qu’après vérification que les projets existants disposent des capacités humaines, techniques et financières pour aller à leur terme.

La même logique s’applique aux dépenses courantes : les ministères sont priés d’«aligner les crédits des dépenses courantes sur les besoins réels», de centraliser les achats, de mutualiser les moyens. La formule est sobre. Ce qu’elle demande est considérable dans une administration habituée à gérer ses enveloppes de façon quasi autonome.

Sept chantiers pour une économie à reconstruire

Les priorités stratégiques du PLF 2027 couvrent sept axes. Certains sont récurrents d’une loi de finances à l’autre, ce qui n’enlève rien à leur pertinence — mais oblige à se demander ce qui a changé dans leur traitement. Le premier axe, l’accélération de la croissance économique hors hydrocarbures, vise la diversification des sources de recettes fiscales, le soutien à l’industrie locale, l’amélioration du climat des affaires et «la poursuite des grands projets stratégiques structurants notamment dans le secteur des mines.» Ce dernier point mérite attention : le secteur minier est progressivement présenté comme le relais de croissance post-pétrole, avec des projets de phosphates, de fer et d’or qui avancent à des rythmes inégaux.

La souveraineté alimentaire constitue le deuxième axe, avec un accent mis sur l’agriculture dans le Sud, l’extension des périmètres irrigués, la construction de barrages et de stations de dessalement. L’objectif est de réduire la dépendance aux importations alimentaires, qui représentent chaque année une ponction considérable sur les réserves de change.

Le troisième axe, le capital humain, recouvre les investissements dans la santé, l’éducation et la formation professionnelle, avec une insistance nouvelle sur la digitalisation des services publics. «Garantir un service public plus équitable, plus performant et mieux adapté aux attentes des usagers» : la formule est classique, mais le contexte de numérisation accélérée lui donne un contenu plus concret que par le passé.

Les quatre autres axes touchent à la réduction des disparités régionales, au logement sous toutes ses formes — social, rural, promotionnel aidé —, à la préservation du pouvoir d’achat par le maintien des subventions sur les produits de première nécessité, et à la modernisation numérique de l’administration publique.

Pouvoir d’achat, logement, santé

La lettre de cadrage du PLF 2027 envoie un signal clair : les acquis sociaux ne sont pas négociables. Le premier engagement concerne le pouvoir d’achat. Le gouvernement maintient «le soutien aux produits de première nécessité et de large consommation» ainsi que «les dispositifs d’aide et de solidarité en faveur des tranches sociales les plus vulnérables.» En termes concrets, cela signifie que les subventions sur les produits alimentaires de base — huile, sucre, semoule, farine — et sur l’énergie domestique sont reconduites.

Le logement constitue le deuxième pilier social du budget. La lettre de cadrage engage l’État sur «toutes ses formes» : logement social, logement rural, lotissements sociaux participatifs et logement promotionnel aidé.

La santé et l’éducation forment le troisième bloc. Le texte engage le maintien de «l’effort d’investissement dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de la formation professionnelle et de l’enseignement supérieur», avec une orientation nouvelle vers la digitalisation des processus pour «améliorer l’encadrement et garantir un service public plus équitable, plus performant et mieux adapté aux attentes des usagers.» Enfin, la réduction des disparités régionales est intégrée à l’agenda social. L’achèvement des programmes complémentaires décidés par les pouvoirs publics au profit des wilayas, et la programmation des crédits nécessaires au bon fonctionnement des wilayas nouvellement créées, sont présentés comme des leviers de rééquilibrage territorial.

La performance comme nouveau langage budgétaire

Ce qui distingue la lettre de cadrage 2027 des précédentes, c’est l’insistance sur une approche budgétaire orientée vers les résultats. Les discussions budgétaires seront conduites «avec une approche reliant les ressources et les résultats attendus et justifiant les moyens demandés par leur contribution à l’atteinte des objectifs.» C’est l’esprit de la LOLF — la loi organique relative aux lois de finances — dont l’application progressive change en profondeur la façon dont l’État justifie ses dépenses.

Concrètement, chaque proposition de mesure législative devra désormais être rédigée sous forme de projet d’article avec son exposé des motifs et son incidence financière chiffrée. Les budgets pluriannuels devront être transmis à la Direction générale du budget au plus tard le 8 juin 2026, accompagnés du Rapport sur les Priorités et la Planification. Les discussions budgétaires démarreront le 10 juin 2026 selon un calendrier que le ministère communiquera aux ministères concernés. La plateforme numérique IEDAD centralisera les données.

Ce calendrier serré dit quelque chose sur l’ambition du gouvernement : construire un budget 2027 qui soit davantage qu’une reconduction des enveloppes précédentes, mais doit concilier les objectifs de diversification économique et de maintien des acquis sociaux avec les impératifs de viabilité budgétaire et des gestion rationnelle et efficiente des dépenses publiques.

Samira Ghrib

admin

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