À la UneÉconomie

GPL, pétrochimie et raffinage : Sonatrach à l’offensive sur l’aval africain

Mohamed Arkab a souligné que e continent africain est « appelé aujourd’hui à s’affranchir de la logique de rente pour s’engager dans une démarche de développement intégré, fondée sur la valorisation des ressources naturelles et leur transformation en une valeur ajoutée durable ».

Dimanche à Alger, le ministre d’État chargé des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, a reçu Anibor Kragha, secrétaire exécutif de l’Association des raffineurs et distributeurs africains, pour une réunion de travail centrée sur un segment précis de la chaîne pétrolière : l’aval — raffinage, pétrochimie, stockage et distribution. La présence à la table de Djamel Cherdoud, PDG de Naftal, et de Slimane Slimani, vice-président de Sonatrach chargé du raffinage et de la pétrochimie, dit l’ambition opérationnelle de la démarche. L’ARDA, fondée en 2006 au Cap, est la seule organisation panafricaine non gouvernementale entièrement dédiée au raffinage et à la distribution d’hydrocarbures sur le continent. Elle regroupe les principaux acteurs du secteur à l’échelle africaine et constitue, de fait, un réseau d’influence et de coopération technique que l’Algérie cherche visiblement à investir. Kragha a d’ailleurs été clair : l’Association souhaite « bénéficier de la grande expertise algérienne dans les domaines du raffinage, de la pétrochimie et de la distribution des produits pétroliers ». Les discussions ont couvert un spectre large. Selon le communiqué du ministère, les deux parties ont examiné « les perspectives de développement de la coopération dans le domaine du stockage et de la distribution des produits pétroliers sur le continent africain, en particulier le gaz de pétrole liquéfié (GPL) ». Le GPL, justement, est un segment où Naftal dispose d’une expertise réelle et d’une infrastructure déployée sur l’ensemble du territoire national — un savoir-faire exportable. Les questions environnementales, la sécurité industrielle et les cadres réglementaires liés au raffinage et à la pétrochimie ont également été mis sur la table, aux côtés d’un point sur les « derniers développements sur les marchés mondiaux des produits pétroliers et leurs répercussions sur les pays africains ».

Sur le fond politique, Arkab a formulé une position qui dépasse le cadre technique de la réunion. Le continent africain est « appelé aujourd’hui à s’affranchir de la logique de rente pour s’engager dans une démarche de développement intégré, fondée sur la valorisation des ressources naturelles et leur transformation en une valeur ajoutée durable, à travers l’industrialisation locale, le transfert de technologie et la construction de chaînes de valeur nationales et régionales ». Le propos fait écho au débat qui traverse depuis des années les économies africaines productrices d’hydrocarbures : exporter le brut ou transformer sur place ? L’Algérie qui a depuis longtemps choisi la valorisation se pose désormais en modèle à partager.

Le ministre a mis en avant le cadre juridique algérien « favorisant l’investissement et garantissant la transparence et la stabilité, tout en préservant les intérêts stratégiques de l’État ». Il a également insisté sur la formation des cadres, citant l’Institut algérien du pétrole et la Sonatrach Management Academy comme vecteurs d’un transfert d’expertise vers les pays africains, « dans le cadre d’une coopération Sud-Sud fondée sur le partenariat et l’intégration ».

Cette rencontre s’inscrit dans une séquence plus large. Depuis plusieurs mois, Alger multiplie les contacts dans le domaine énergétique avec des partenaires africains, en s’appuyant sur Sonatrach comme levier de projection. Le groupe public, dont les capacités de raffinage sont en cours de modernisation, cherche à élargir son empreinte continentale au-delà de la seule exportation de gaz vers l’Europe. L’aval africain — distribution, stockage, GPL — est un terrain moins disputé, où l’expérience algérienne peut peser. La réunion de dimanche dessine, au moins en creux, les contours d’une feuille de route.

Sabrina Aziouez

admin

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *