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L’Algérie vue de Washington : Une puissance régionale que les investisseurs ne peuvent plus ignorer

Un think tank américain de premier plan consacre une étude de terrain à l’Algérie et en tire un constat sans ambiguïté : le pays s’installe durablement dans le paysage des puissances régionales émergentes et redouble d’efforts pour attirer les capitaux étrangers. Publiée début juin par le Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS) de Washington, l’une des institutions de recherche les plus influentes de la capitale fédérale américaine, l’analyse s’appuie sur une visite effectuée en Algérie en mai 2026 par sa chercheuse principale Romina Bandura, spécialiste du développement économique. Son verdict est net.

« Le pays recèle d’importantes ressources naturelles, bénéficie d’un climat clément et dispose d’une ressource humaine qualifiée », écrit Bandura, qui précise avoir rencontré sur place « des responsables gouvernementaux, des acteurs du monde de l’industrie et de centres de recherche ». La méthode, fondée sur des entretiens directs plutôt que sur des sources secondaires, donne au rapport une crédibilité que les milieux d’affaires et les chancelleries occidentales ne manqueront pas de noter.

Sur le terrain des réformes, le rapport est précis. « L’Algérie a déployé des efforts concertés pour faciliter et améliorer le cadre des affaires », constate la chercheuse, qui cite en détail les mesures prises depuis 2022 : assouplissement de la législation pour les investisseurs étrangers dans certains secteurs, mise en place d’un guichet unique numérique pour simplifier les procédures d’investissement, instauration d’incitations fiscales. L’Agence algérienne de promotion des investissements, créée la même année, est présentée comme l’instrument central de cette stratégie de diversification économique. Ce n’est pas anodin : le CSIS ne produit pas des rapports de complaisance. Quand une institution de Washington de ce calibre identifie un cadre d’affaires en amélioration, les investisseurs américains à la recherche de nouvelles destinations l’entendent.

L’étude insiste sur un atout que les analystes extérieurs sous-estiment souvent : la jeunesse algérienne. « La population jeune algérienne est plus connectée à l’échelle mondiale », note Bandura, relevant que le pays a fait le choix d’introduire l’anglais dès le primaire depuis 2023 et que « les universités publiques adoptent l’anglais comme langue d’enseignement ». Le rapport y voit le signe d’une génération nouvelle, ouverte, capable d’absorber des transferts technologiques et de s’intégrer dans des chaînes de valeur internationales. C’est exactement le type de signal que recherchent les groupes industriels étrangers avant d’engager des investissements lourds.

Au-delà des hydrocarbures, qui restent le socle de l’économie nationale, le rapport de Bandura dresse un inventaire des secteurs à fort potentiel que le pays n’a pas encore pleinement valorisés. « De nombreux secteurs, tels que l’énergie solaire, l’industrie pharmaceutique, l’agriculture et l’exploitation minière, sont mûrs pour le développement et pourraient attirer d’importants investissements directs étrangers », écrit-elle. Le tourisme fait l’objet d’un passage notable : la chercheuse évoque « des sites archéologiques et des destinations touristiques exceptionnels, tels qu’un littoral aux plages immaculées, qui attireraient une clientèle internationale avertie ». Le potentiel est réel. Sa mise en valeur reste le chantier.

Carrefour stratégique

Sur le plan bilatéral, l’étude replace la relation algéro-américaine dans une perspective plus large que la seule coopération sécuritaire, pourtant bien établie. « Au-delà de la coopération en matière de lutte contre le terrorisme et de sécurité des frontières, un dialogue continu est engagé sur les questions régionales et internationales », rappelle Bandura, avant d’ajouter que « les deux pays ont récemment commencé à tisser des liens plus solides dans les domaines du commerce et de l’investissement ». Le chiffre avancé — plus de cent entreprises américaines présentes en Algérie, notamment dans les hydrocarbures, avec des sociétés de services pétroliers opérant en partenariat avec Sonatrach pour des activités de forage et d’imagerie sismique — illustre que la relation économique existe déjà, même si elle reste concentrée sur un secteur.

Ce rapport du CSIS arrive à un moment où l’Algérie multiplie les signaux en direction des investisseurs internationaux. Il apporte une caution extérieure, américaine, indépendante, à une dynamique que le gouvernement a pleinement mis en brale. Être désignée, depuis Washington, comme un « carrefour stratégique reliant la Méditerranée, le Sahel et l’Afrique du Nord » n’est pas une formule creuse. C’est un positionnement géopolitique et économique que l’Algérie travaille à incarner, et qu’un centre d’études de la stature du CSIS vient, pour la première fois de manière aussi explicite, reconnaître noir sur blanc.

Massinissa Raïs

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