Bac 2026 : Quand ChatGPT mène à la case prison
Un candidat libre et sa sœur ont été condamnés lundi à quatre ans de prison ferme chacun, assortis d’une amende de 200 000 dinars, après avoir été pris en flagrant délit de fraude à l’examen du baccalauréat dans un centre d’Aïn Bénian. Le mode opératoire, révélé par le parquet de la République près le tribunal de Chéraga dans un communiqué publié mardi, a retenu l’attention par son caractère inédit : le candidat photographiait le sujet d’examen avec son téléphone portable et l’envoyait via WhatsApp à sa sœur restée à l’extérieur, laquelle utilisait ChatGPT pour générer les réponses et les lui retransmettre par le même canal. L’affaire a débuté le 7 juin 2026, lorsque les services de la Brigade territoriale de la Gendarmerie nationale de Belle Vue ont saisi le parquet après qu’une enseignante chargée de la surveillance au CEM Aboubaker Benzini a surpris le candidat, dont le parquet retient les initiales M. Dj. S, en train de manipuler son téléphone portable pendant l’épreuve. Le communiqué précise que la saisine s’est faite « en application des dispositions de l’article 19 du Code de procédure pénale et dans le cadre de la lutte contre les atteintes à l’intégrité des examens et concours ». Deux jours plus tard, le 9 juin, les deux mis en cause étaient présentés devant le parquet qui, « après leur audition, a ordonné leur comparution immédiate devant le tribunal correctionnel ».
La qualification retenue est celle de « diffusion et de divulgation, pendant les examens, des sujets et réponses des épreuves finales de l’enseignement secondaire, au moyen de technologies de communication à distance », conformément aux articles 253 bis 6 et bis 7 du Code pénal. Les deux prévenus ont été reconnus coupables à l’audience, condamnés avec mandat de dépôt immédiat et leurs téléphones confisqués.
Ce qui distingue cette affaire des cas habituels de fraude au baccalauréat, c’est l’usage délibéré d’un outil d’intelligence artificielle comme relais entre l’extérieur et la salle d’examen. ChatGPT n’est pas ici un accessoire anecdotique : il est au cœur du dispositif, utilisé en temps réel pour produire des réponses à partir de questions photographiées en salle d’examen. La rapidité de l’opération, de la prise de vue à la réception des réponses via messagerie instantanée, illustre comment les outils numériques du quotidien peuvent être détournés à des fins frauduleuses avec une facilité déconcertante.
La sévérité de la peine, quatre ans ferme pour les deux condamnés, traduit la volonté de l’institution judiciaire de traiter ce type de fraude comme une atteinte grave à l’ordre public et non comme une simple irrégularité scolaire.
Lyna Larbi

