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La transsaharienne à 90% d’achèvement : L’heure du corridor économique a sonné

La route transsaharienne, ce projet né dans les années 1960 comme un rêve de désenclavement continental, touche aujourd’hui à son aboutissement. Plus de 90% du réseau est réalisé. C’est ce qu’a annoncé mercredi à Alger Mohamed Ould Mohammedi, secrétaire général du Comité de liaison de la route transsaharienne, en marge de la 77e session du CLRT qui réunissait les États membres dans la capitale algérienne.

La transsaharienne n’est pas un simple axe Alger-Lagos. Ould Mohammedi l’a rappelé lors de son passage sur la chaîne 3 de la Radio algérienne.  « Le réseau transsaharien ne se limite pas à l’axe Alger-Lagos, mais comprend également trois branches vers la Tunisie, le Mali et le Tchad, formant un maillage destiné à relier le Maghreb, le Sahel et l’Afrique de l’Ouest », a-t-il affirmé. Sur l’axe principal, la partie algérienne est opérationnelle jusqu’à Tamanrasset et In Guezzam, avec des travaux de maintenance en cours sur la section méridionale. Au Niger, le tronçon frontalier est quasiment bouclé, à l’exception d’une courte section entre le point kilométrique zéro et Assamaka, « très bien avancée, avec une finalisation attendue cette année ». Le Nigeria, lui, a déjà sa part d’infrastructure achevée, avec des sections autoroutières. Les branches secondaires présentent des situations plus contrastées. La liaison vers la Tunisie est opérationnelle et son réseau de 699 kilomètres est « jugé en excellent état ». En revanche, vers Bamako, il reste environ 400 kilomètres à réaliser, et le CLRT accompagne le Mali dans la recherche de financements. La branche Zinder-N’Djamena accuse davantage de retard, « plusieurs contrats engagés depuis des années n’ayant pas atteint leurs objectifs ». Alger a affiché son soutien à la réalisation de deux tronçons au Tchad, des équipes techniques s’étant déjà rendues sur le terrain.

Mais la session d’Alger a surtout marqué un tournant dans la façon dont les pays membres pensent ce projet. Achever le bitume est une chose. En faire un outil de développement économique en est une autre. « L’intérêt de cette infrastructure, c’est d’aller vers un corridor économique intégré », a affirmé Ould Mohammedi. La route seule ne suffit pas. Il faut, selon lui, « mettre en place un mécanisme permanent de concertation associant non seulement les travaux publics, mais aussi le commerce, le transport et les bases logistiques », et « tous ces acteurs doivent se concerter. »

L’argument géoéconomique est puissant. Les pays du Sahel enclavés dépendent aujourd’hui des ports du golfe de Guinée pour l’essentiel de leurs importations. Un accès aux ports algériens via le réseau transsaharien leur ferait « économiser plus de deux semaines » de délai logistique. « Deux semaines, c’est de l’argent », a résumé le secrétaire général, avec une formule qui dit tout. À cela s’ajoute la future route Tindouf-Zouerate, longue de 840 kilomètres, qui « ouvrira un accès supplémentaire vers le Sénégal et l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest » et diversifiera les itinéraires commerciaux du Sahel vers les grands ports algériens.

La 77e session a retenu une priorité triple, achever les derniers tronçons manquants, consolider la maintenance des sections ouvertes, et surtout passer d’une logique d’infrastructure à une logique de corridor.

Lyna Larbi

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