La Banque d’Algérie fixe l’organisation et le fonctionnement du CNP
La Banque d’Algérie a promulgué, le 31 mai 2026, un règlement organisant le fonctionnement du Comité national des paiements (CNP), l’instance chargée d’élaborer la stratégie nationale de développement des moyens de paiement scripturaux, chèque, carte, virement ou prélèvement. Présidé par le gouverneur de la Banque d’Algérie ou l’un de ses vice-gouverneurs, ce comité réunit les représentants des ministères des Finances, de la Justice, du Commerce, de la Poste et des Télécommunications, de la Numérisation ainsi que de l’Économie de la connaissance, aux côtés d’Algérie Poste, des services de sécurité, de l’Association professionnelle des banques et de deux experts indépendants. Adossé à un secrétariat permanent hébergé à la Banque d’Algérie, le CNP doit produire un rapport annuel et communiquer périodiquement aux pouvoirs publics des statistiques sur la diffusion des paiements scripturaux, afin d’orienter les réformes à venir. Ce texte s’inscrit dans une offensive plus large voulue par la présidence de la République contre l’économie informelle, que le chef de l’État a plusieurs fois sommée de « disparaître », dénonçant les circuits où des fortunes en liquide échappent au système bancaire. Dans son sillage, la Loi de finances 2025 a déjà rendu obligatoire le recours aux moyens de paiement scripturaux pour certaines opérations sensibles, notamment l’achat de biens immobiliers et de véhicules, un dispositif destiné à réduire la circulation fiduciaire et à couper l’herbe sous le pied du blanchiment d’argent. Les autorités justifient cette fermeté par l’ampleur des flux illicites détectés.
Sur le terrain, la bancarisation progresse mais reste fragile. Selon les données du GIE Monétique, les paiements électroniques réalisés via cartes, internet et mobile ont atteint 939 milliards de dinars en 2025, en hausse de 46 % sur un an, portés par plus de 27 millions de transactions en ligne pour une valeur dépassant 145 milliards de dinars. Le parc de terminaux de paiement électronique a lui aussi bondi, passant d’environ 68 000 unités fin 2024 à plus de 104 000 à fin mars 2026. Mais rapportée aux 1,2 million de commerçants déclarés, cette couverture reste faible. Moins de 10 % d’entre eux disposent aujourd’hui d’un TPE, et le pays comptait 4 713 distributeurs automatiques de billets à la même date. Le parc de cartes bancaires, lui, dépasse les 22,5 millions d’unités, dont 18 millions de cartes Edahabia d’Algérie Poste et 4,5 millions de cartes CIB, mais une large partie des détenteurs continue de privilégier le retrait de cash au guichet plutôt que le règlement direct.
C’est précisément ce fossé entre équipement disponible et usage réel que le CNP est appelé à combler, en coordonnant banques, opérateurs postaux et régulateurs autour d’objectifs chiffrés de bancarisation, dans une course désormais assumée au sommet de l’État contre l’argent qui circule hors des radars.
Sabrina Aziouez

