Crise énergétique : Les exportations algériennes GNL augmentent de 1,1 milliard m3
Depuis le déclenchement de la guerre américano-israélienne contre l’Iran et la fermeture du détroit d’Ormuz, l’Europe a dû refaire ses comptes gaziers en quelques mois, et l’Algérie se retrouve plutôt du bon côté de la balance. Selon des données consultées par l’Unité de recherche sur l’énergie, basée à Washington, les livraisons algériennes vers l’Union européenne, gaz liquéfié et gazoducs confondus, ont progressé de 1,1 milliard de mètres cubes sur les huit premiers mois de 2026 par rapport à la même période de l’an dernier.
Pour mesurer l’enjeu, il faut regarder le vide laissé par le Qatar. Les achats européens de GNL qatari ont reculé de 5,1 milliards de mètres cubes, et près de 0,7 milliard de moins est arrivé par les gazoducs qui transitent par la Turquie. Les Vingt-Sept ont comblé ce manque en multipliant les fournisseurs. La Norvège arrive en tête avec 3,2 milliards de mètres cubes supplémentaires, devant le gaz américain avec 1,8 milliard et la Russie avec 1,5 milliard. L’Algérie occupe la quatrième marche, devant les livraisons britanniques, un milliard, et le Nigeria, 0,5 milliard.
Le grand gagnant du moment reste le GNL américain, qui pèse 60 % des importations européennes de gaz liquéfié depuis janvier et a même atteint 70 % en août, alors que les capitales de l’Union remplissent leurs stocks avant l’hiver. Les achats de GNL ont d’ailleurs bondi de 43 % en un mois entre juillet et août. Le volume global, lui, n’a presque pas bougé, autour de 200 milliards de mètres cubes sur huit mois, avec un GNL en baisse de 3,5 % et des gazoducs en hausse de 2,5 %. Le Conseil européen rappelle que la part du liquéfié dans les importations est passée de 20 % à 45 % entre 2021 et 2025, ce qui expose l’Europe aux aléas du transport maritime dès qu’un détroit se ferme. Un fournisseur comme l’Algérie qui expédie à la fois par canalisation et par méthanier peut jouer sur les deux tableaux, et sa proximité géographique n’est pas un détail dans ce contexte.
Le calendrier pourrait encore lui être favorable. Bruxelles applique depuis le 25 avril l’interdiction des achats immédiats de GNL russe et, depuis le 17 juin, celle du gaz russe par gazoduc à court terme. L’interdiction totale des contrats de long terme est attendue en janvier 2027 pour le GNL, puis le 30 septembre 2027 pour les gazoducs, avec un délai maximal de deux mois. Sur le long terme, la dépendance européenne plaide pour les fournisseurs de proximité. L’Union importe déjà 85 % du gaz qu’elle consomme, une part qui pourrait grimper à 98 % en 2050, selon Wood Mackenzie, pour une demande moyenne de 335 milliards de mètres cubes par an entre 2021 et 2025.
Samira Ghrib

