Efficacité énergétique : Un nouvel opérateur unique pour piloter la transition
Un décret exécutif publié au Journal officiel officialise la naissance de l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie et l’efficacité énergétique (ANMEEE), née de la fusion de l’APRUE et du CEREFE. Cette réorganisation institutionnelle vise à doter le pays d’un outil unifié pour mettre en œuvre la Stratégie nationale de maîtrise de l’énergie à l’horizon 2035, qui table sur une réduction d’au moins 15 % de la consommation énergétique nationale. Un décret exécutif portant création de l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie et l’efficacité énergétique (ANMEEE), publié au dernier Journal officiel (n° 56), consacre le regroupement de l’Agence nationale pour la promotion et la rationalisation de l’utilisation de l’énergie (APRUE) et du Commissariat aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique (CEREFE) au sein d’une même entité. Il s’agit du décret exécutif n° 26-268 du 23 juillet 2026, qui institue un établissement public à caractère industriel et commercial, doté de la personnalité morale et de l’autonomie financière, placé sous la tutelle du ministère de l’Énergie et des Énergies renouvelables, avec siège à Alger. Selon le texte, la nouvelle agence constitue l’instrument central de mise en œuvre de la politique et de la stratégie nationales en matière de développement, de promotion et de valorisation des énergies renouvelables, ainsi que d’efficacité énergétique et de maîtrise de l’énergie. Cette fusion s’inscrit dans une logique de rationalisation de la gouvernance du secteur, avec pour ambition d’élargir les missions de l’organisme chargé de la maîtrise de l’énergie et de renforcer ses capacités opérationnelles, alors que le pays doit composer avec une demande intérieure en constante progression.
L’ANMEEE sera notamment chargée de l’élaboration et du suivi du Programme national de maîtrise de l’énergie, de la promotion des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique, ainsi que de la réalisation d’études technico-économiques et d’audits énergétiques dans les secteurs du bâtiment et de l’industrie. Elle assurera également un appui technique aux collectivités locales, aux organismes publics, aux entreprises et aux porteurs de projets, en plus de la constitution de bases de données sur la consommation énergétique, de l’établissement des bilans énergétiques et carbone, d’actions de formation et de l’examen des dossiers d’agrément des bureaux d’études et des experts spécialisés dans les audits énergétiques. Le décret lui donne également la possibilité de conclure des marchés, contrats et conventions, de créer des annexes ou des filiales, et de nouer des partenariats avec des institutions nationales et étrangères.
Cette recomposition institutionnelle ne surgit pas de nulle part. Elle intervient quelques mois après l’installation, le 20 avril dernier à Alger, de la commission intersectorielle de maîtrise de l’énergie par le ministre de l’Énergie et des Énergies renouvelables, Mourad Adjal, une instance consultative regroupant la majorité des départements ministériels, de grandes entreprises comme Sonatrach et Sonelgaz, l’Autorité de régulation de l’électricité et du gaz, ainsi que des universités et des représentants de la société civile. Cette commission a été chargée d’enrichir le projet de Stratégie nationale de maîtrise de l’énergie à l’horizon 2035 et d’examiner le Programme national de maîtrise de l’énergie pour la période 2026-2035, deux chantiers directement repris dans les missions de la nouvelle ANMEEE.
Sur le plan des objectifs chiffrés, la direction de l’ex-APRUE évoquait récemment une ambition de réduire d’au moins 15 % la consommation énergétique nationale à l’horizon 2035, et de contribuer à une baisse des émissions de gaz à effet de serre de l’ordre de 14 % sur la même période. Un défi de taille dans un pays confronté à une démographie croissante et à une dynamique industrielle énergivore, notamment dans les secteurs des mines et de l’industrie lourde. Sur le volet des énergies renouvelables, le programme national actualisé du ministère de l’Énergie vise désormais l’installation d’une puissance d’origine renouvelable de l’ordre de 22 000 MW à l’horizon 2030 pour le marché national, avec le maintien de l’option d’exportation si les conditions du marché le permettent — une révision à la hausse par rapport à l’objectif initial de 15 000 MW fixé dans le cadre du Plan national climat.
Samira Ghrib

