Économie

Spécialisation des ports algériens : « Faire de l’Algérie un hub en Méditerranée »

Réorganisation portuaire décidée par le président Tebboune, extension du terminal phosphatier d’Annaba, bilan du travail en continu, le nouveau patron de Serport, Ali Boulaaras, a dévoilé sur les ondes de la Radio algérienne les grands chantiers d’un groupe qui veut faire de l’Algérie une plaque tournante logistique entre la Méditerranée et l’Afrique.

C’est à Mostaganem que démarre la spécialisation des ports commerciaux. Décidée par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, lors de la réunion de travail du mercredi 9 septembre consacrée à l’investissement, la réorganisation a fait de cette infrastructure de l’Ouest un port dédié aux opérations des entreprises publiques, à commencer par leurs importations, précise le communiqué de la Présidence. Invité dimanche de la chaîne 3 de la Radio algérienne, le nouveau P-DG du groupe des services portuaires (Serport), Ali Boulaaras, en a expliqué la logique et présenté sa feuille de route, articulée autour de la modernisation, du développement des infrastructures, de l’extension des capacités d’accueil et de la numérisation.

Cette décision figure parmi celles du même conseil de travail, qui a aussi fixé à la fin septembre l’entrée en service effective du guichet unique de l’investissement et ordonné un recensement du foncier industriel. L’idée d’une répartition des trafics par port, elle, circulait déjà depuis 2022. L’enjeu est d’abord opérationnel. La spécialisation doit, selon M. Boulaaras, permettre « une meilleure performance opérationnelle, une meilleure maîtrise des délais d’attente des navires » et produire « un impact positif sur le coût du fret ». Pourquoi Mostaganem ? Parce que le port jouit d’une bonne desserte, à la fois ferroviaire et routière, explique-t-il. Le ministre de tutelle s’y est rendu pour inaugurer, dit-il, « une plateforme aux standards internationaux » et lancer les travaux d’une zone additionnelle de cinq hectares, tandis qu’un programme d’aménagement et d’équipement est en cours. Serport y prévoit aussi un centre de formation aux métiers portuaires, encore à l’état de projet mais qui pourrait ouvrir l’an prochain. Il servirait au recyclage, aux séminaires et, grâce à des partenariats, au transfert de savoir-faire.

Le dirigeant a planté le décor en rappelant le poids des ports dans l’économie nationale. « 95 % des échanges commerciaux passent par nos ports », d’où, admet-il, un « défi grand » face à la croissance du pays. Le groupe compte treize filiales, dont dix gèrent les ports de commerce. Parmi eux, Skikda, Béjaïa et Arzew sont dédiés aux hydrocarbures, les autres à la marchandise générale. Les chiffres de 2025 sont orientés à la hausse avec 133 millions de tonnes traitées (+4 % sur un an), 16 923 navires accueillis contre 15 141 en 2024 (+12 %) et plus de deux millions de conteneurs, import et export confondus (+19 %).

À l’Est, un autre chantier a valeur de test pour la stratégie de diversification des exportations concerne le port phosphatier d’Annaba. Son extension, qui avance « d’une manière très accélérée », doit offrir un débouché maritime au projet de phosphate intégré, mené selon les orientations présidentielles entre Tébessa, Souk Ahras et Annaba. Il s’agit, rappelle-t-il, d’« un complexe intégré pour la valorisation des phosphates et des produits miniers ». Le dimensionnement est à la mesure de l’ambition avec 1 600 mètres linéaires de quai, environ 16 mètres de profondeur et un terre-plein de 82 hectares, relié par voie ferrée aux gisements. La réception est attendue en mars 2027, pour un volume supplémentaire de 8 à 10 millions de tonnes. Des cargaisons partent déjà vers l’Amérique, l’Asie, l’Afrique et le Canada depuis Skikda, Annaba et d’autres ports.

De cette logistique, M. Boulaaras affiche une ambition, celle « faire de l’Algérie un hub logistique incontournable entre la Méditerranée et l’Afrique ». Des plateformes sont prévues à Annaba, Djendjen et Oran, dont le terminal dispose de grues capables de manutentionner 30 à 35 conteneurs par heure. Trois corridors, au centre, à l’Est et à l’Ouest, doivent assurer une chaîne complète mêlant mer, rail et route.

Le patron de Serport a aussi défendu le travail portuaire en continu, 24 heures sur 24, instauré en mars 2025 sur décision du chef de l’État. Les résultats, affirme-t-il, sont « chiffrés ». résultat, l’attente en rade a reculé de 24 %, la durée moyenne de séjour des navires de 13 %, et le taux d’occupation des terminaux à conteneurs est retombé de 110 % à moins de 40 %. « Ce régime a donné ses fruits sur le terrain », insiste-t-il, en évoquant des lettres de remerciement d’opérateurs. Le prochain objectif est fixé avec l’ambition de « diminuer au maximum le coût de passage », grâce à de nouveaux équipements de manutention.

Dernier volet, le numérique. La filiale APCS gère les formalités portuaires sur une plateforme déjà connectée au système des Douanes, qui sera ouverte aux assurances, aux banques, aux consignataires et aux transitaires « dans un futur très proche ». Côté voyageurs, un QR code renvoie désormais vers un questionnaire d’évaluation ; M. Boulaaras y voit « une nette satisfaction » de la communauté nationale à l’étranger et une saison « nettement meilleure » que la précédente.

Amar Malki

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