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Arkab à Annaba pout lancer la réalisation du PPI : Grands projets, le coup d’accélérateur !

Le ministre de l’Énergie, Mohamed Arkab, a est arrivé mercredi à Annaba pour superviser le lancement officiel des travaux du projet intégré de phosphate, un chantier de plusieurs milliards de dollars appelé à transformer l’Est algérien en pôle industriel et minier majeur.

Le ministre d’État, ministre de l’Énergie et des Mines Mohamed Arkab est arrivé, mercredi à Annaba, pour superviser le lancement officiel des travaux de réalisation du projet intégré de phosphate, qui s’étend sur les wilayas d’Annaba, Souk Ahras, Tébessa et Bir El Ater. Cette étape, très attendue depuis la signature le 12 août dernier des contrats portant sur plusieurs infrastructures stratégiques liées au projet, marque le passage du dossier phosphate de la phase des annonces à celle du chantier effectif, conformément aux orientations du président de la République Abdelmadjid Tebboune, qui a instruit d’accélérer la cadence pour tenir les délais fixés. M. Arkab n’est pas seul lors de cette tournée de deux jours dans l’Est du pays. Il est accompagné du ministre des Travaux publics et des Infrastructures de base, Abdelkader Djellaoui, du ministre des Mines et de l’Industrie minière, Mourad Hanifi, ainsi que du PDG du groupe Sonatrach, Noureddine Daoudi, et de cadres des trois secteurs. Cette composition ministérielle en dit long sur l’ampleur transversale du projet, car au-delà de sa dimension purement minière, le phosphate intégré mobilise simultanément l’extraction, l’énergie, les travaux publics et la logistique.

Une chaîne de valeur complète, de la mine à l’engrais

Le programme de la délégation porte sur l’inspection des sites d’extraction et de valorisation du minerai, des complexes de transformation ainsi que des réseaux de transport et infrastructures logistiques destinés à accompagner le projet. L’objectif affiché est de vérifier sur le terrain l’état d’avancement des travaux et le niveau de préparation technique, identifier les éventuelles contraintes et prendre les mesures nécessaires pour respecter le calendrier fixé.

Le projet vise à développer et valoriser les ressources minières nationales à travers leur transformation locale, à accroître la valeur ajoutée issue du phosphate, à développer la production d’engrais et de produits chimiques destinés au secteur agricole, et à renforcer les exportations hors hydrocarbures.  Le cœur du projet repose sur le gisement de phosphate de Bled El Hadba, près de Bir El Ater (Tébessa), dont les réserves sont estimées à environ 1,2 milliard de tonnes, sur un total de plus de 3 milliards de tonnes recensées dans l’Est algérien. Le complexe d’extraction et d’enrichissement qui y sera construit affichera une capacité d’extraction de 5,5 millions de tonnes de phosphate brut par an, pour une production de phosphate concentré atteignant 3,2 millions de tonnes annuelles en première phase, l’objectif final visé pour l’ensemble du gisement étant de l’ordre de 6 millions de tonnes/an de phosphate enrichi.

Le minerai enrichi sera acheminé vers un second complexe industriel implanté à Oued El Kebrit (Souk Ahras), destiné à la production d’engrais phosphatés et azotés. Sa capacité prévisionnelle est fixée à 2,4 millions de tonnes par an d’engrais phosphatés (DAP, MAP, NPK) et 570 000 tonnes par an d’engrais azotés sous forme d’urée, avec en amont la fabrication de produits intermédiaires stratégiques, acide sulfurique, acide phosphorique et ammoniac, actuellement en grande partie importés. Il permettra ainsi à l’Algérie de devenir l’un des plus gros producteur d’engrais de la planète dans un marché marqué par de fortes tensions.

La logistique constitue l’autre pilier du projet. Le transport du phosphate et des engrais entre les sites de production et les marchés d’exportation repose sur la construction d’une ligne ferroviaire minière de l’Est longue de 422 kilomètres, reliant Bled El Hadba au port d’Annaba. Ce dernier fera lui-même l’objet d’une extension, avec la réalisation d’un quai minéralier dédié, conçu pour accueillir des navires de grande capacité, une infrastructure censée transformer Annaba en plateforme logistique régionale capable d’attirer des compagnies de fret international.

Selon le calendrier fixé, le projet, mené en mode accéléré EPC Fast Track, doit livrer ses premières quantités de phosphate enrichi dès le premier trimestre 2027, avant le démarrage de la production d’engrais au quatrième trimestre de la même année. Le chantier devrait créer environ 12 000 emplois directs, répartis entre Tébessa, Souk Ahras, Skikda et Annaba.

Le lancement du PPI s’inscrit dans une séquence engagée depuis le début de l’année 2026, où l’Algérie a mis en exploitation deux autres mégaprojets miniers stratégiques. En mars, le Premier ministre Sifi Ghrieb, par délégation du président Tebboune, a présidé à Béjaïa le lancement des travaux d’exploitation de la mine de zinc-plomb de Tala Hamza-Oued Amizour, un investissement de 471 millions de dollars portant sur l’un des plus importants gisements de la région, avec des réserves géologiques estimées à 53 millions de tonnes. Quelques mois plus tôt, le chef de l’État avait ordonné le lancement de l’exploitation du minerai de fer de Gara Djebilet, dans la wilaya de Tindouf, dès le premier trimestre 2026, un gisement qui recèle plus de 3,5 milliards de tonnes de fer et dont l’acheminement s’appuie désormais sur la nouvelle ligne ferroviaire de 950 kilomètres reliant Tindouf à Béchar.

Phosphate, zinc-plomb et fer forment ainsi les trois piliers d’une même stratégie qui ambitionne de sortir les ressources minières nationales de leur état brut, les transformer sur place et en faire un relais de croissance hors hydrocarbures. Ces trois projets sont ainsi les fers de lance d’un secteur minier appelé à devenir, aux côtés de l’agriculture saharienne et de l’industrie manufacturière, l’un des moteurs de la diversification économique.

L’enjeu du cap des 400 milliards de dollars

Cette accélération minière ne peut se lire indépendamment de l’objectif macroéconomique fixé par le président Tebboune, celui de porter le produit intérieur brut algérien à 400 milliards de dollars et faire entrer le pays dans le cercle des économies émergentes à l’horizon 2027. Parti d’environ 190 milliards de dollars en 2021, le PIB national a déjà franchi la barre des 267 milliards en 2024, plaçant l’Algérie au rang de troisième économie africaine. Pour les responsables économiques, l’entrée en production effective des mégaprojets de Gara Djebilet, de Tala Hamza et du phosphate intégré doit générer, dès 2027, plusieurs milliards de dollars de valeur ajoutée supplémentaire et alimenter directement cette trajectoire. Le pari reste ambitieux car franchir un tel palier en trois ans suppose une croissance nominale soutenue. Mais le lancement des travaux sur ces différents chantiers constitue précisément la preuve que le programme présidentiel de valorisation minière sort des textes officiels pour s’ancrer, chantier après chantier, dans le paysage industriel de l’Est algérien.

Sofia Chahine

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