Mostaganem : Le rideau se lève sur le théâtre des passionnés
La compétition officielle de la 57e édition du Festival culturel national du théâtre amateur a démarré jeudi 8 octobre au soir à Mostaganem, sur la scène du Théâtre régional Djilali-Benabdelhalim, et les troupes en lice se disputeront les faveurs du jury jusqu’à lundi. C’est la troupe de l’atelier théâtral Hilm El Fen, venue d’Oran, qui a ouvert le bal avec « Wahed min el-jomhour » (Un parmi le public). Librement inspirée de « La Vie de bohème », la pièce a réuni Amine Houha, Bendiaf Rezkallah, Oussama Remache et Amine Ouraghi, sous la houlette de Sofiane Ahed, qui en signe la mise en scène et la scénographie. Le débat à peine refermé, le plateau a changé de visage avec « Fi el-jerh » (Dans la blessure), de la troupe Noujoum El Fen, qui rassemble des artistes de Blida et d’Alger. Écrite et mise en scène par Talal Hemila, cette création de 2026 a demandé quatre mois de labeur à Hicham Hemila, Wassim Chekrouni, Lamis Khalil, Imad Assal, Nourhane Mekachmi et Maroua Bessadi. Elle porte la cause palestinienne sur les planches et avait été dévoilée en avant-première le 1er mai dernier. La ville n’a pas fait salle comble que dans un seul lieu. Hors compétition, « Qif » (Stop), du Théâtre El-Mawja, a pris ses quartiers à la Maison de la culture de Sidi-Ali, pendant que « La Dernière danse », de l’association El Gouwala de Relizane, enchantait le public de Salamandre. Vendredi, deux nouvelles pièces sont montées au créneau, « Error 404 », de l’association Ouarsenis pour la création de Tissemsilt, et « El Ghoula » (L’Ogre), de l’association Saïdia de Mostaganem. Le clown Titi, avec « L’Aventurier », et « Houria », de l’association Amazday, se sont chargés d’animer les à-côtés.
Il faut dire que Mostaganem n’est pas une scène comme les autres. C’est ici, en 1967, que Si Djilali Benabdelhalim a lancé ce festival sur le modèle d’Avignon, en fédérant des troupes nées dans les rangs des scouts musulmans. Premier grand rendez-vous culturel de l’Algérie indépendante, il passe pour le doyen des festivals de théâtre du monde arabe et du continent africain. Près de six décennies durant, il a joué les pépinières, voire les rampes de lancement, pour des générations de comédiens, dont certains ont fini par conquérir le petit et le grand écran. Des chercheurs n’hésitent pas à y voir l’antichambre du théâtre professionnel. Le Kaki d’Or, qui rend hommage à Abderrahmane Kaki, enfant du terroir disparu en 1995, couronne chaque année la meilleure prestation.
Cette édition ne se contente pas de lever le rideau, elle veut aussi transmettre le flambeau. Cinq spécialistes des arts de la scène encadrent des ateliers consacrés à la préparation de l’acteur, histoire de polir les talents encore bruts. Un autre rendez-vous, baptisé « Les amateurs ont une histoire », réunira des artistes ayant foulé les planches aux premières heures du festival. L’idée est de ranimer la mémoire théâtrale, de partager les expériences et de passer le témoin aux plus jeunes.
Mohand S.

