Attaf plaide pour une stabilité qui ne soit pas que militaire : « La sécurité du Sahel est la nôtre »
À l’occasion de la Journée nationale de la diplomatie, le chef de la diplomatie algérienne a placé le voisinage sahélien au cœur de la doctrine du pays, détaillé les exigences pour la résolution du dossier du Sahara occidental et réaffirmé ses engagements envers la Palestine et les pays frères en crise.
Pour l’Algérie, la stabilité du Sahel relève de la sécurité nationale. Le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, Ahmed Attaf, l’a martelé jeudi à Alger, lors de la cérémonie de la Journée nationale de la diplomatie, qui coïncidait cette année avec le 81e anniversaire de l’ONU. M. Attaf a fait du bon voisinage un choix de fond, fondé sur l’idée que « la sécurité de l’Algérie ne peut être dissociée de celle de son environnement ». Alger, a-t-il expliqué, ne regarde pas le Sahel « uniquement » comme un espace de crises sécuritaires, mais comme un ensemble humain et historique intégré, où les défis de sécurité croisent ceux du développement, et où le politique rejoint l’économique, le social et l’humanitaire. Le pays encourage donc le dialogue et la réconciliation, dans le respect de la souveraineté, de l’unité nationale et de l’intégrité territoriale des États.
Le ministre s’est appuyé sur l’analyse du président de la République Abdelmadjid Tebboune, que les évolutions récentes ont selon lui confirmée. Une stabilité durable ne peut reposer sur la seule approche sécuritaire et militaire, et l’on ne saurait traiter les manifestations d’une crise en laissant ses causes profondes s’aggraver. Fort de la conviction que la sécurité du Sahel est celle de l’Algérie, Alger accompagne les États de la région et renforce leurs capacités, notamment dans l’énergie. Elle contribue aussi à leurs infrastructures, avec l’achèvement des tronçons restants de la Route transsaharienne, dont certains sont réalisés par des entreprises algériennes. M. Attaf a également annoncé la mise en service, il y a deux jours, de l’interconnexion avec les réseaux de fibre optique du Niger.
L’Algérie dit s’engager « avec sérieux et détermination » dans l’intégration énergétique régionale, dont le gazoduc transsaharien constitue le pilier, dans le cadre d’un partenariat fondé sur le partage des bénéfices. Le ministre a résumé le sens donné au bon voisinage, soit protéger ensemble la sécurité, bâtir ensemble le développement et ouvrir aux peuples une voie qui les fasse passer « de l’inquiétude à la quiétude » et de la fragilité à la stabilité.
Sahara occidental : quatre exigences pour une solution
Sur le Sahara occidental, M. Attaf a rappelé que l’Algérie s’est engagée, début 2026, dans une démarche visant à contribuer à une solution politique juste et durable. Elle part de la conviction qu’une issue définitive accélérerait la réalisation des droits du peuple sahraoui et ouvrirait de nouvelles perspectives de sécurité à toute la région.
Il a fixé quatre exigences à cette solution. Elle doit mettre fin au conflit, rendre justice au peuple du Sahara occidental, préserver la crédibilité des Nations unies et renforcer la sécurité, la stabilité et l’intégration de la région, au service du bien-être de ses peuples. Il a ajouté que tout écart par rapport à ces constantes ou toute mise à l’écart de ces références éloignerait de l’objectif d’un règlement acceptable par les deux parties, qui rassure l’ensemble des peuples et des États de la région. Le ministre a aussi dit suivre « avec beaucoup d’étonnement, mêlé à une préoccupation légitime » les tentatives de réduire la question à un simple dossier de réfugiés, alors qu’il s’agit d’une question de décolonisation. Les réfugiés sahraouis, a-t-il soutenu, sont dépositaires d’une cause juste et d’un droit originel à l’autodétermination. Il a mis en garde contre tout contournement de la légalité internationale et de la doctrine onusienne, et contre l’établissement d’un fait accompli.
Palestine, Golfe, Liban, Syrie : des solidarités réaffirmées
M. Attaf a situé ces positions dans un contexte de crise du système international, marqué à ses yeux par les tentatives de marginaliser l’ONU, le recul du droit international appliqué de manière sélective et l’affaiblissement du multilatéralisme. D’où la conviction que la sécurité est indissociable de la justice, la stabilité de la légitimité et le développement de la paix.
Il a réaffirmé le soutien « total et inconditionnel » de l’Algérie au peuple palestinien et à son droit à un État indépendant avec Al-Qods Al-Sharif pour capitale. Il a condamné les agressions dont il est victime et appelé à une mobilisation sérieuse de la communauté internationale face à ce qu’il a qualifié de « machine génocidaire » à Ghaza et en Cisjordanie.
Sur le Golfe, l’Algérie regrette l’enlisement des efforts pour mettre fin au conflit, condamne l’escalade et exprime sa solidarité avec ses frères du Golfe. Elle appelle les médiateurs à la patience et espère que la raison l’emportera avant que le conflit ne s’élargisse et que le coût de sa maîtrise ne dépasse les capacités de tous. Le ministre a également condamné les atteintes de l’occupant à la souveraineté du Liban et de la Syrie, et ce que subissent la Libye, le Soudan, la Somalie et le Yémen. Alger y soutient la légitimité, l’unité et l’intégrité territoriale, et rejette toute démarche visant à démanteler les institutions ou à ouvrir ces crises aux ingérences étrangères.
Hocine Fadheli
14e réunion ministérielle du Comité des dix de l’UA
Attaf à Tripoli pour discuter de la réforme du Conseil de sécurité
Chargé par le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, le ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, M. Ahmed Attaf, est arrivé, samedi à Tripoli (Libye), pour prendre part aux travaux de la 14e réunion ministérielle du Comité des dix des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine (UA) sur la réforme du Conseil de sécurité de l’ONU, prévue les 10 et 11 octobre 2026, indique un communiqué du ministère.
Cette réunion s’inscrit dans le cadre des efforts continus consentis par l’UA pour impulser le processus de réforme du Conseil de sécurité des Nations Unies, afin de corriger les déséquilibres historiques caractérisant le système de gouvernance mondiale et de garantir une représentation africaine juste et équitable au sein de cet organe onusien central, conformément aux aspirations du continent africain et à ses positions communes concernant la réforme du système multilatéral, a-t-on appris de même source.
APS

