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L’exploitation de dorsale transsaharienne officiellement lancée : Les corridors économiques prennent forme

Les ministres algérien et nigérien des Télécommunications ont lancé mardi l’exploitation de la dorsale transsaharienne entre les deux pays. Cette liaison de 100 gigabits par seconde vient s’ajouter à la route, au gaz et bientôt au rail dans l’architecture des corridors du Sahara.

L’Algérie et le Niger sont désormais reliés par une autoroute de données. Le ministre de la Poste et des Télécommunications, Sid-Ali Zerrouki, et son homologue nigérien, Hamani Kargné, ont présidé mardi à Assamaka, sur la frontière entre les deux pays, la cérémonie de lancement officiel de l’exploitation de la dorsale transsaharienne à fibre optique. Des responsables et des représentants des organismes concernés des deux rives y assistaient, dont l’ambassadeur d’Algérie au Niger et le gouverneur d’Agadez. Le communiqué diffusé à l’issue de la cérémonie précise que le projet « s’inscrit dans le cadre du renforcement de la coopération bilatérale et du développement des infrastructures de télécommunications et de l’interconnexion numérique entre l’Algérie et le Niger ». La liaison rattache la ville d’In Guezzam à la région d’Arlit et d’Agadez. Elle offre dès son démarrage une capacité de 100 gigabits par seconde, appelée à grandir au rythme des besoins. Elle a été menée à bien par les équipes d’Algérie Télécom et de Niger Télécom.

Le ministre a justifié le choix d’Assamaka, voisine d’In Guezzam, par « une importance particulière ». Il a rappelé que le chantier relève du Comité de liaison de la dorsale transsaharienne, qui réunit l’Algérie, le Mali, le Niger, la Mauritanie, le Nigeria et le Tchad. Il l’a rattaché à l’esprit du NEPAD, en citant le message du président Abdelmadjid Tebboune aux pays fondateurs du Nouveau partenariat réuni récemment en Egypte, qui appelait l’Afrique à compter sur ses propres capacités. Pour M. Zerrouki, l’ouvrage constitue « une étape importante dans le renforcement de la connectivité numérique et le soutien à l’économie numérique dans la région du Sahel ». Ce corridor technologique doit élargir l’accès au haut débit, accompagner la transformation numérique, nourrir les échanges économiques et les services publics en ligne, tout en servant la souveraineté numérique du continent.

Il faut dire que le chantier vient de loin. Du côté algérien, près de 2600 kilomètres de fibre relient Alger à In Guezzam depuis plusieurs années, avec une extension vers Tindouf. Le Niger, de son côté, a réceptionné provisoirement en novembre 2025 plus de 1000 kilomètres de fibre répartis sur cinq axes, dont une section d’environ 220 kilomètres vers la frontière algérienne. Une convention a permis à Algérie Télécom de fournir du matériel de transmission à son partenaire, et un second accord prévoit la formation des agents nigériens. La dorsale, pensée pour courir sur quelque 4500 kilomètres jusqu’à Abuja, franchit ainsi un cap décisif, celui de la mise en service entre deux États.

Le geste n’a pas lieu dans le vide. La fibre emprunte les mêmes couloirs que d’autres ouvrages qui dessinent peu à peu un réseau d’échanges à travers le désert. La route transsaharienne, longue d’environ 4500 kilomètres d’Alger à Lagos, est réalisée à plus de 90 %, selon la 77e session de son comité de liaison tenue à Alger en juin, qui l’a vue entrer dans sa phase de corridor économique. Le gazoduc transsaharien, qui doit conduire le gaz du Nigeria vers l’Algérie en passant par le Niger sur un peu plus de 4200 kilomètres, a connu son coup d’envoi côté algérien le 4 juin à Aoulef, dans la wilaya d’Adrar. Son tracé national suit le corridor de la route jusqu’à Hassi R’Mel, tandis que Niamey s’apprête à lancer les relevés topographiques sur son territoire. Alger veut aussi compléter l’ensemble par la ligne ferroviaire vers Tamanrasset, porte d’entrée du Sahel. Le président Tebboune présente d’ailleurs ces chantiers comme les maillons d’une même dynamique de coopération continentale.

L’inauguration d’Assamaka est aussi le fruit d’un rapprochement entre Alger et Niamey. La relance des grands dossiers communs s’est accélérée depuis la visite du président nigérien en Algérie les 15 et 16 février, qui a coïncidé avec le retour de l’ambassadeur d’Algérie à Niamey et l’intensification des échanges bilatéraux. La fibre en est la traduction la plus immédiate, puisqu’elle se met à fonctionner quand le gaz et le rail sont en chantier. Elle offre aussi au Niger, pays enclavé, une voie terrestre vers les réseaux internationaux qui ne dépend plus des seuls câbles côtiers. En remerciant son homologue pour son accueil, M. Zerrouki a exprimé l’espoir que le projet devienne un acquis structurel pour la connectivité des pays partenaires. Il a salué les cadres et les équipes techniques des deux opérateurs, à qui il attribue la concrétisation de l’ouvrage. Reste à mesurer, dans les mois qui viennent, ce que la fibre apportera réellement aux usagers, aux entreprises et aux administrations, et si les autres chantiers du désert tiendront le même rythme.

Salim Amokrane

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