Farid Ghezali, SG de l’APPO : « L’Afrique produit 7 à 8 millions de barils par jour mais n’en raffine que 30% »
Le secrétaire général de l’Organisation des producteurs de pétrole africains appelle à rompre avec des contrats d’exploitation déséquilibrés et à bâtir des partenariats fondés sur la « valeur partagée ». L’Afrique extrait 7 à 8 millions de barils de pétrole par jour, mais n’en raffine que 30%, exportant le reste avant de réimporter à prix fort des produits raffinés. Le constat a été dressé, mercredi, par le secrétaire général de l’Organisation des producteurs de pétrole africains (APPO), Farid Ghezali, pour justifier la nécessité d’une reprise en main par le continent de ses propres ressources. Invité de l’émission « L’invité du jour » de la Chaîne 3 de la Radio algérienne, M. Ghezali, en poste depuis janvier 2026, a expliqué que cette situation découle de contrats internationaux d’exploitation marqués par des déséquilibres flagrants, qui perdurent depuis plusieurs générations. Les retombées économiques escomptées pour les populations africaines tardent, selon lui, à se concrétiser.
Pour l’organisation, qui regroupe 18 pays membres, l’heure est à « un nouveau type de partenariats fondé sur la création de valeur partagée ». « Il est temps que nos partenariats se fassent de manière équitable », a-t-il plaidé, avant de s’appuyer sur son expérience du terrain. « Dans tous les pays africains que j’ai visités, j’ai pu constater qu’il n’y a pas de transfert technologique, ni de formation des personnels, mais uniquement la production des ressources. Ceci est affligeant ! », a-t-il constaté. Conscient que ce discours ne sera pas du goût de tous les partenaires étrangers, l’ancien cadre dirigeant de Sonatrach, ingénieur de l’Institut algérien du pétrole et spécialiste du GNL, a appelé à « un dialogue sincère et honnête », où l’on ne parlerait « plus uniquement de barils et de molécules, mais aussi de développement humain en Afrique ».
La première priorité de l’APPO est l’harmonisation des codes pétroliers en matière de fiscalité, sur la base d’un consensus entre les pays membres. « Il n’est ni logique ni acceptable que celle-ci soit déclarée plutôt par le partenaire », a-t-il martelé. Il a déploré que certains pays ne disposent que de 15% des ressources dont leurs populations ont besoin pour se nourrir. Le déficit de raffinage expose par ailleurs le continent aux soubresauts du marché. Les crises actuelles provoquent une volatilité « sans précédent » des prix des produits raffinés, a relevé M. Ghezali, et plusieurs pays africains, faute de moyens financiers pour les importer, font face à une grave pénurie de carburants. Détaillant la feuille de route de l’organisation, il a enfin plaidé pour la mise en place d’un « cadre réglementaire accepté par tous », ainsi que pour des partenariats plus efficaces entre pays africains et un renforcement de la coopération interafricaine.
Amar Malki

