Netanyahu reçu par Mohamed Ben Zayed : Abou Dhabi déroule le tapis rouge à un criminel de guerre
Alors que de plus en plus de capitales se refusent à être associées à Netanyahu, les Émirats l’ont reçu en catimini, avant de reconnaître la visite une fois la presse passée par là. Les Émirats arabes unis ont fini par confirmer, ce lundi, la visite effectuée la veille par le Premier ministre de l’entité sioniste, Benyamin Netanyahu. Selon l’agence officielle émiratie, le président Mohamed Ben Zayed l’a reçu pour évoquer les relations bilatérales et les moyens de les renforcer. Un aveu tardif, arraché par les révélations de Reuters, qui avait cité un responsable sioniste, et par celles de la presse de l’occupant.
Le geste choque par son timing. Plusieurs pays, y compris en Occident, prennent soin de ne plus voir leur nom associé à celui d’un homme visé par la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité commis à Ghaza. Abou Dhabi, elle, ouvre grand ses bras. Pas de quoi surprendre, pourtant, de la part d’un État qui a fait figure de chef de file des accords dits d’Abraham, ces arrangements parrainés par Washington qui ont ouvert en 2020 la voie à la normalisation entre l’entité sioniste et le Bahreïn et le Maroc. Les Émirats n’ont d’ailleurs jamais rompu le fil avec l’occupant, même au plus fort de la guerre d’extermination menée contre les Palestiniens, malgré l’horreur des crimes commis par son armée. La visite tombe à un moment où le dirigeant sioniste s’enferme dans un isolement sans précédent. Jeudi dernier, à la tribune de la 81e session de l’Assemblée générale de l’ONU, son discours a été boycotté par de nombreuses délégations arabes et musulmanes, qui ont quitté la salle en bloc. Seuls les représentants des Émirats, du Maroc et de Bahreïn sont restés sur leurs sièges, une image qui en dit long sur le camp de ceux qui persistent à cautionner l’inacceptable.
Ce déplacement, voulu discret et hors protocole, n’a pas été inscrit à l’agenda officiel de Netanyahu. Quatre heures de discussions intenses, sous haute surveillance sécuritaire, sans le moindre communiqué préalable d’Abou Dhabi. Ce qui a filtré de ces échanges laisse entendre un contenu sécuritaire et militaire, de quoi nourrir bien des interrogations sur la nature de la coordination secrète entre les deux parties, alors que les massacres de civils palestiniens désarmés se poursuivent. Des informations font état de la présence de responsables marocains et d’autres pays lors de ces rencontres.
Si la presse émiratie évoque un simple examen des relations bilatérales et de la situation régionale, d’autres lectures pointent vers une convergence d’intérêts pour diviser la Somalie via le Somaliland et dans la Corne de l’Afrique, où Tel-Aviv et Abou Dhabi cherchent à s’implanter durablement. Selon des médias, Netanyahu aurait aussi sollicité Mohamed Ben Zayed pour qu’il démente l’avoir averti d’une possible opération du mouvement de résistance palestinien Hamas avant le 7 octobre 2023. Le quotidien israélien Haaretz avait rapporté, sur la foi de trois sources, que ce message était parvenu à Netanyahu une semaine et demie avant « le Déluge El Aqsa », sans qu’il en informe l’armée d’occupation ni le Shin Bet, et qu’il fait l’objet d’une enquête interne à ce sujet.
Depuis leur adhésion aux accords de normalisation, les Émirats resserrent leurs liens avec l’entité sioniste au grand jour et sans le moindre embarras, y compris pendant l’offensive contre Ghaza, le Liban et la Syrie, et les exactions commises en Cisjordanie. Une conduite en totale contradiction avec les liens supposés fraternels entre Arabes, et contraire aux exigences de la sécurité nationale des pays arabes et africains. Pis, Abou Dhabi confirme jouer pleinement la sous-traitance pour l’entité sioniste.
Lyes Saïdi
