Lycéens, Gilets jaunes et syndicalistes investissent les rues contre la vie chère en France : La Ve République vacille !
À Paris, Marseille, Bordeaux ou Lyon, la colère contre la vie chère a jeté dans la rue, samedi, des centaines de milliers de Français. Lycéens, Gilets jaunes, syndicalistes et militants du climat ont défilé, souvent dans la tension, à six mois d’une présidentielle qui s’annonce sous haute pression.
La France a connu samedi l’une de ses plus fortes journées de contestation de la rentrée. Pour dénoncer la cherté de la vie et les choix budgétaires du gouvernement, plus de 500 000 personnes ont manifesté dans tout le pays, selon la CGT, au fil de cortèges émaillés d’heurts, de dégradations et d’interpellations qui font trembler les fondations de la Ve République, six mois avant l’élection présidentielle.
Dans la capitale, le défilé principal s’est élancé en début d’après-midi malgré les affrontements avec les forces de l’ordre. Gilets jaunes, lycéens, étudiants et militants écologistes devaient rallier la place de Clichy, dans le nord de Paris, par un itinéraire validé par la police, qui avait interdit tout rassemblement aux abords de l’Élysée, de Matignon, siège du Premier ministre, et des Champs-Élysées. Place de la République, la tension est montée d’un cran quand les policiers ont fait usage de gaz lacrymogène et d’un lanceur d’eau face à plusieurs centaines de personnes, en grande partie vêtues de noir et masquées. Certaines ont répliqué à coups de projectiles et de feux d’artifice. À 15h30, la préfecture de police recensait déjà 163 interpellations et imputait les débordements à quelques centaines d’éléments de l’« ultragauche » venus chercher l’affrontement. Une centaine de manifestants se sont aussi attaqués au siège de la chaîne CNews, dont la façade a essuyé des jets de projectiles, et la police y a procédé à 21 arrestations.
En province, le climat n’était guère plus serein. À Bordeaux, le cortège a vite dégénéré dans les rues commerçantes du centre. Des casseurs ont brisé les vitres de la chambre de commerce et allumé un important feu de poubelles, provoquant la fuite de passants et de touristes. À Marseille, des manifestants ont brièvement investi l’hôtel de ville, bloqué l’avenue du Prado avec des conteneurs et des trottinettes, avant que la police ne dégage la chaussée. Le maire a annoncé l’envoi de renforts après avoir échangé avec le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur. La mairie de Grenoble a été dégradée, la cour de la préfecture de Vaucluse envahie à Avignon, et à Lyon une quarantaine de personnes ont tenté de bloquer un pont tandis que d’autres cherchaient à approcher une raffinerie. Place Beauvau, siège du ministère de l’Intérieur, on signale des « faits particulièrement graves » à Marseille et à Lyon, des commerces vandalisés dans six villes et des foules de 20 000 personnes à Lyon comme à Nantes, 10 000 à Rennes.
Les chiffres, comme souvent, racontent deux histoires. La CGT évoque 1 750 rassemblements et défilés, « la plus importante journée de mobilisation depuis la rentrée », et exige que le gouvernement « arrête de réprimer » pour répondre « immédiatement aux revendications sociales ». Du côté des autorités, on comptait à la mi-journée 140 manifestations hors de Paris, pour 32 800 participants.
Dans les rues, les motifs de la colère sont limpides. « On se bat parce que le coût de la vie est devenu bien trop élevé, parce que le carburant est trop cher, et parce que des lycéens sont blessés partout dans le pays pour avoir simplement voulu manifester et réclamer plus d’enseignants », a confié Lola, 19 ans. Le mouvement des Gilets jaunes, qui avait ébranlé le pouvoir il y a huit ans, a lui aussi appelé à une journée placée sous le signe de la jeunesse et à l’union des enseignants, ouvriers, retraités et agriculteurs. Jérôme, figure du mouvement qui a perdu un œil lors des manifestations de janvier 2019, a prévenu que « rien ne se réglera en un jour » et qu’il faudra « faire entendre sa voix plus longtemps ». Des images qui rappellent les troubles du précédent mandat d’Emmanuel Macron, et qui laissent entrevoir une contestation capable de s’installer dans la durée.
Lyes Saïdi

