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Décolonisation du Sahara occidental : Le Makhzen se heurte à la légalité internationale

Adoptée par 152 voix contre deux et sept abstentions, la résolution de la quatrième Commission de l’ONU remet le dossier sahraoui sur ses rails juridiques, ceux de la décolonisation. Pour un diplomate de la RASD comme pour plusieurs analystes, c’est un camouflet pour Rabat, désormais acculé à la seule issue du référendum.

Le Maroc vient d’encaisser un revers de taille à New York. Jeudi, la quatrième Commission de l’Assemblée générale des Nations unies a adopté, par 152 voix pour, deux contre et sept abstentions, un projet de résolution qui réaffirme le droit inaliénable du peuple sahraoui à l’autodétermination et range une nouvelle fois le Sahara occidental parmi les questions de décolonisation. Le résultat torpille des années de manœuvres de Rabat pour sortir ce dossier de l’agenda onusien, et la partie sahraouie comme plusieurs experts y voient un tournant.

Pour Malainin Lakhal, représentant permanent adjoint de la RASD auprès de l’Union africaine, le vote est « une victoire diplomatique et politique éclatante pour la légalité internationale et pour le droit imprescriptible du peuple sahraoui à l’autodétermination et à l’indépendance ». S’exprimant auprès de l’APS, il a insisté sur le fait que la décision « réaffirme sans équivoque que la question du Sahara occidental était et demeure une question de décolonisation inscrite sur la liste des 17 territoires non autonomes répertoriés par les Nations unies ». Le diplomate sahraoui souligne que les efforts de la puissance occupante pour imposer ses plans n’ont pas empêché la communauté internationale de s’en tenir à une position de principe, fondée sur la résolution historique 1514. Il y voit « un véritable revers pour les tentatives visant à ramener le monde à une nouvelle ère de néocolonialisme et de violations des droits des peuples ». Le scrutin, ajoute-t-il, « a démontré au monde entier la position isolée de l’occupant et confirmé que la légalité internationale découle de l’Assemblée générale et de la Charte des Nations unies ».

Sur le volet du processus de paix, M. Lakhal estime que cette réaffirmation « donne une impulsion forte à l’action des Nations unies et lui confère un solide cadre juridique et politique ». Elle fixe aussi les limites du jeu politique, puisqu' »aucune solution ne saurait être légitime ou durable, si elle ne respecte pas le droit inaliénable du peuple sahraoui à l’autodétermination ». Le texte rappelle que « la Mission des Nations unies a été créée pour organiser un référendum d’autodétermination, et non pour administrer le statu quo ou conférer une quelconque légitimité à l’occupation ». Tous les acteurs sont ainsi renvoyés à leurs responsabilités juridiques, au premier rang desquels le Conseil de sécurité, qui doit se pencher sur le dossier à la fin d’octobre. L’occupant perd aussi la possibilité de soutenir que la décolonisation est un chapitre clos, comme le clament avec arrogance ses responsables « dans le cadre d’une propagande visant à induire en erreur leur propre opinion publique, mais aussi l’opinion publique internationale ».

Du côté des analystes, le ton n’est pas plus tendre pour Rabat. Le spécialiste des questions géopolitiques et migratoires Hassen Kacimi parle d’une « défaite cuisante et historique » infligée au Maroc par l’Assemblée générale, qui a confirmé le statut juridique d’un territoire à décoloniser. Ce résultat, dit-il, « met à mal les tentatives du Makhzen visant, depuis plusieurs années, à retirer le Sahara occidental de la liste des territoires relevant de la Commission des Nations unies chargée des questions de décolonisation ».

M. Kacimi s’attarde sur l’attitude marocaine. Selon lui, Rabat a voté en faveur du texte « dans une dernière manœuvre mortelle, pour ne pas perdre la face et pour faire croire à son opinion publique nationale que 152 pays ont soutenu le Maroc, alors que le verdict est tombé et le Maroc a perdu, avec un score sans appel où 152 pays ont voté pour la décolonisation du Sahara occidental ». Un vote qui « piège le Maroc qui se retrouve dos au mur, avec la seule alternative d’organiser un référendum d’autodétermination pour le peuple sahraoui ». Et pour ne pas passer pour celui qui est sorti par la petite porte, le Makhzen a déroulé sa propagande, présentant la résolution comme un succès tout en passant sciemment sous silence le principe de décolonisation consacré par l’ONU. Pour l’analyste, la conclusion est nette. « Désormais, sur le plan du droit international, on peut considérer que le plan d’autonomie est définitivement enterré. »

L’expert et conseiller économique Abdelkader Slimani rejoint cette lecture en déplaçant le regard. À ses yeux, l’intérêt du vote tient surtout à la position du Maroc, qui a approuvé une résolution maintenant la question sahraouie dans le cadre onusien de la décolonisation et réaffirmant le droit des peuples à l’autodétermination. « En approuvant le texte, le Makhzen accepte une résolution dont les références à la décolonisation et à l’autodétermination demeurent centrales », a-t-il souligné. Le vote est déterminant alors que le Conseil de sécurité s’apprête à examiner le dossier.

Lyes S.

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