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La colère de la rue se cogne au mur de la dette

Dimanche matin, la France avait la gueule de bois. À Paris, Lyon, Marseille, Lille, Bordeaux et Angers, magasins saccagés et mobilier urbain endommagé racontaient la veille. Le nombre de manifestants lui-même fait débat, 550 000 selon le ministère de l’Intérieur, 800 000 selon les organisateurs. Dans les cortèges se mêlaient lycéens, étudiants, salariés et anciens Gilets jaunes, ce mouvement né en 2018 autour du prix des carburants, que les organisateurs voulaient justement rallier à leur cause. À Paris, la police a usé de gaz lacrymogène et de canon à eau dès le départ du défilé, selon des médias locaux. La Fédération du commerce et de la distribution estime à 1 500 le nombre de magasins touchés, pour une note qui se compte en centaines de millions d’euros. Son président, Alexandre Bompard, la juge « très élevée », tout en admettant qu’il est trop tôt pour en mesurer l’ampleur. Les collectivités locales devront elles aussi sortir le portefeuille pour réparer et sécuriser

Le carburant de cette colère, ce sont les prix. Selon l’Insee, ils ont progressé de 3,1 % sur un an en septembre, contre 2,4 % en août. L’énergie a flambé de 21,3 %, les produits pétroliers de 36,2 % et l’alimentation de 1,4 %. Les syndicats ont déjà cocheé la date suivante, une journée de grèves le 5 novembre contre le projet de budget 2027, pour défendre l’emploi et réclamer des hausses de salaires.Or l’État n’a plus guère de munitions. La présidente de la Cour des comptes, Amélie de Montchalin, a sonné l’alarme dans La Tribune Dimanche. « Si nous ne maîtrisons pas la trajectoire de la dette, nous risquons l’asphyxie financière », prévient-elle, rappelant que les intérêts de la dette atteindront 90 milliards d’euros dès l’an prochain. Elle ajoute qu’une hausse des taux de 100 points de base « représente un surcoût annuel de 40 milliards d’euros sur sept ans, soit trois fois le budget annuel du ministère de la Justice ». Son message est clair, ramener le déficit sous les 5 % en 2027, sous peine de perdre toute marge de manœuvre et une part de souveraineté. Le budget, débattu à l’Assemblée nationale depuis mardi, vise un déficit de 5 % du PIB contre 5,4 % en 2026. Son sort reste incertain. Le gouvernement de Sébastien Lecornu ne dispose d’aucune majorité, le paysage politique est éclaté depuis la dissolution de 2024 et plus de 2 800 amendements attendent sur le seul volet des recettes, soumis à un vote mardi. Si lesdéputés n’en viennent pas à bout, les débats seront suspendus puis repris avant le 17 novembre, date à laquelle le texte doit en principe partir au Sénat.

Pour les observateurs, trois ressorts expliquent cette vague. D’abord le pouvoir d’achat, les prix n’ayant jamais retrouvé leur niveau d’avant la poussée inflationniste de 2022-2024, au grand dam des retraités, des allocataires et des petits salaires, persuadés que l’effort ne pèse pas autant sur les grandes entreprises. Ensuite les finances publiques, dont la dégradation, sanctionnée l’an dernier par Fitch, interdit les chèques massifs et fait redouter hausses d’impôts et coupes dans les services publics. Enfin la présidentielle, dont la pré-campagne offre à la colère une tribune et aux partis un terrain pour s’en disputer les dividendes.

Au fond, la rue ne proteste pas seulement contre le prix du plein. Elle interroge le cap économique et politique du pays.

Lyes S.

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