Culture

FITB: Le théâtre passe sous le microscope des anthropologues

Le Festival international du théâtre de Béjaïa (FITB) ne se contente pas de lever le rideau sur des pièces, il invite aussi la science à s’asseoir au premier rang. Pour cette 15e édition, un colloque international consacré aux liens entre théâtre et anthropologie s’est ouvert samedi à la bibliothèque principale de la lecture publique « Tahar Amirouchen », avec deux jours de débats au programme. L’idée est de regarder la scène autrement, en interrogeant ce que les approches anthropologiques peuvent dire des représentations théâtrales. Et pour cela, les organisateurs ont réuni des universitaires venus d’Algérie comme d’ailleurs, notamment d’Irak, du Yémen, du Bénin, du Niger et d’Allemagne, a précisé le président du colloque, le Dr Djamil Aissani. Une tablée aussi variée que les cultures dont elle parle.

Premier à prendre la parole, le Pr Ibrahim Nouel, de l’Institut supérieur des métiers des arts du spectacle et de l’audiovisuel d’Alger, a présenté le théâtre comme une forme d’anthropologie appliquée. Pour lui, le patrimoine culturel immatériel algérien est une matière vivante, un réservoir où les créateurs peuvent puiser sans jamais le voir s’assécher, à condition de savoir le valoriser. Le corps, justement, a occupé une large place dans les échanges. La Pr Djamila Mustapha Zeggai, de l’université de Tipasa, estime que l’anthropologie du corps est une clé indispensable pour saisir les expressions théâtrales d’aujourd’hui. Sur les planches, dit-elle, le corps n’est plus un simple support du texte ni un outil pour incarner un personnage. Il devient « une archive culturelle et un espace où se croisent la mémoire civilisationnelle et les pratiques sociales », a-t-elle indiqué. Autrement dit, l’acteur marche avec des siècles sur les épaules. Le même fil a été tiré par l’Irakien Aboud Hassan Al-Muhanna, qui défend une lecture anthropologique où le corps de l’acteur et son jeu sont des « vecteurs de la mémoire culturelle et sociale, et non de simples moyens de donner vie au personnage dramatique ». Comprendre qu’un comédien ne fait pas que jouer un rôle, il porte et transmet une mémoire collective.

Entre le patrimoine qui nourrit la création et le corps qui garde la trace du passé, ce colloque rappelle qu’à Béjaïa, le théâtre ne vit pas seulement de sa programmation. Il se réfléchit, se discute et se remet en question, ce qui n’est pas le moindre des signes de bonne santé pour un festival qui en est déjà à sa quinzième bougie.

M.S.

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