SILA 2026 : Le rôle de l’intellectuel au cœur de la sécurité culturelle
Au 29e Salon international du livre d’Alger, une conférence sur le rôle de l’intellectuel s’est muée en plaidoyer pour la « sécurité culturelle », sous le regard de la ministre de la Culture.
Dans un monde saturé de rumeurs, de commentaires à l’emporte-pièce et de fausses informations, qui peut encore éclairer l’opinion ? Dimanche à Alger, le 29e Salon international du livre (SILA) a fait de cette question le fil rouge d’une conférence intitulée « Quel rôle pour l’intellectuel aujourd’hui ? », animée par l’écrivain, chercheur et analyste Ahmed Bensaâda, en présence de la ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda. Dans l’espace Tahar-Ouettar du pavillon « Palestine », l’universitaire a d’abord posé le cap : l’intellectuel, a-t-il expliqué, doit pouvoir « rendre possible ce qui est nécessaire pour le bien-être de sa société et la prospérité de sa cité ». Il le définit comme un individu à l’« esprit rationnel, empreint d’humanisme et d’objectivité », qui « lie sa réflexion et son savoir universel à l’action », celle-ci devant être mise au service du pays et des causes justes.
À l’heure des réseaux sociaux et des fake news, Ahmed Bensaâda a pris soin de distinguer l’intellectuel de l’« expert » et du « commentateur ». Ce qui le singularise, selon lui, c’est « la rigueur et la conscience » d’un éclaireur de l’opinion qui prend le temps de décrypter et d’analyser, tout en connaissant les procédés de manipulation destinés à désinformer et à induire en erreur. Autrement dit, loin du buzz et de la petite phrase, une pensée qui se construit dans la durée.
Le conférencier a aussi rappelé le rôle des médias, appelés à la vigilance face à toute manipulation malsaine de l’information. Il a surtout plaidé pour le renforcement de la « sécurité culturelle », afin de protéger le pays et de se prémunir des « guerres cognitives », ces outils de manipulation et d’altération de la pensée et de l’opinion publique. Sa réponse tient en une formule et appelle à développer « des contre-récits ancrés dans une connaissance profonde de la société ». Un enjeu qui dépasse le cadre des cercles lettrés, puisqu’il touche à la manière dont chacun reçoit, partage et croit ce qu’il lit chaque jour. Reprenant ces propos à son compte, la ministre de la Culture et des Arts a rappelé que l’intellectuel « devrait être au courant de tous les sujets qui concernent sa cité et son rapport au monde ». Elle a surtout lancé un appel à la mobilisation : « Nous souhaitons que l’intellectuel joue un rôle clé dans la protection de la spécificité culturelle algérienne », a déclaré Mme Bendouda, annonçant des colloques et des rencontres au Palais de la Culture : « nous allons y travailler ensemble ». Le ton s’est fait plus martial en conclusion : « Nous sommes dans une bataille que nous devons mener ensemble jusqu’à la victoire », a-t-elle affirmé, invitant à s’unir autour de l’Algérie, de ses objectifs et de sa culture, « le reste appartiendra au débat ».
Le référent religieux national au cœur du débat
Le même jour, le Salon a accueilli un autre rendez-vous autour des valeurs et de l’identité. Organisée par le rectorat de Djamaâ El-Djazaïr, une conférence a porté sur le référent religieux national et son rôle dans l’ancrage d’une culture de l’édification civilisationnelle. Son recteur, Cheikh Mohamed Maâmoun Al Kacimi Al Hoceini, y a défendu « l’importance d’ancrer le référent religieux national et de rattacher les générations de l’indépendance aux valeurs spirituelles et nationales profondément enracinées au sein de la société algérienne », sans renoncer à « allier authenticité et renouveau ». Il a également plaidé pour « une vigilance constante » afin de préserver les constantes du peuple algérien face aux courants extrémistes. Plusieurs participants ont souligné le rôle des zaouïas, des mosquées et des écoles coraniques dans la préservation de l’identité, la transmission des valeurs et la promotion de l’entraide, rappelant une société fondée sur « le juste milieu et la modération ». Le rendez-vous livresque se poursuit jusqu’au 7 novembre, de 10h00 à 19h00. Cette 29e édition réunit 1 567 maisons d’édition issues de 51 pays, dont 350 algériennes. Les visiteurs peuvent y croiser des auteurs algériens et étrangers venus présenter leurs nouveautés, et suivre le programme de conférences et de rencontres. Entre débats d’idées et rayons de nouveautés, le SILA confirme son statut de rendez-vous où l’on vient chercher des livres, mais aussi des repères. Mohand Seghir

