Les coulisses d’une décennie algérienne de Nasreddine Akkache

Retour sur la gouvernance d’Ahmed Ouyahia

«Les coulisses d’une décennie algérienne» de Nasreddine Akkache, paru aux éditions Non Lieu fait un portrait exhaustif de l’ex-Premier Ministre et permet de comprendre le mode de gouvernance de la haute administration publique sous le règne d’Ahmed Ouyahia. C’est un véritable opus plein de révélations sur les arcanes de la haute administration publique. Et pour cause, cet ouvrage est signé par un haut fonctionnaire de l’Etat qui fut le directeur de cabinet de l’ancien Premier Ministre, Ahmed Ouyahia. Il  est préfacé par l’ancien ministre du Commerce, le défunt Bakhti Belaib. Ce dernier a noté : «j’ai particulièrement apprécié, dans l’analyse de cette période, la force et la justesse des arguments, qui ont durablement permis à l’auteur de mettre en évidence la duplicité, la fausse sincérité ainsi que la prétention démesurée, sans le nommer, d’un responsable qui n’a cessé de croire à son grand destin historique». Et d’ajouter : «cet esprit brillant, doublé d’un patriote sincère et convaincu, était estimé et redouté, y compris par ses chefs. Ses prises de position dérangèrent souvent les opportunistes de la 25e  heure, ceux qui ne cessaient d’édulcorer les oukases du FMI pour mieux faire passer la pilule».L’auteur donnera un aperçu exhaustif sur le quotidien des hauts cadres supérieurs de l’Etat qui «disparaissent en s’enfermant à double tour dans leurs bureaux et restent isolés dans leur trou bouteille, en attendant les fumées blanches comme lors de l’élection du Pape».

Evoquant l’état d’esprit des cadres supérieurs de l’Etat, il précisera : «dans l’intervalle, ils s’abstiennent de tout commentaire ou de toute prise de position pouvant prêter à équivoque et leur valoir des désagréments, les petits rapporteurs étant aux aguets d’une attitude ou d’une réflexion négative». Cette attitude est considérée comme étant «la meilleure panacée» pour la longévité dans les rouages de la haute administration.

Continuant sur sa lancée, il affirmé que le programme du gouvernement sous l’ère de l’ancien Premier Ministre, Ahmed Ouyahia « fut l’œuvre solitaire d’un homme plein de défiance à l’égard de son entourage et jaloux de son vocabulaire qui se voulait dense mais exprimé dans un style touffu, volontairement sinueux et plein d’aspérités. Toutes les circonvultions et les tournures qui ne laissent aucune chance à la transparence et à la clarté reflètent la complexité du personnage … ». Plus explicite, il a estimé qu’Ouyahia est loin d’être «un tribun mais il avait le bagout et la logorrhée du discoureur ainsi que l’assurance du locuteur qui aime s’écouter parler non pour faire passer un message utile mais pour tenter de produire une bonne impression sur l’assistance». Et pour ce faire, il jouait tour à tour tous «les personnages convenables et parfois enviables ; le prolétaire, le bon père de famille, le Ankaoui-disciple du grand maitre de la chanson châabi algéroise- le belda, citadin pur et dur, le populiste et il lui arrive même de prendre des airs boumedienniens alors que ses collaborateurs étaient réduits au rôle de pense-bêtes». L’ancien chef de cabinet d’Ahmed Ouyahia relève que «ses discours monolithiques ne tenaient aucunement compte du niveau intellectuel de la composition sociologique, de la maturité politique d’une assistance pas toujours apte à saisir les nuances et les subtilités de sujets aussi sensibles touchant la politique et l’économie».

Ces sorties lui ont permis de roder substantiellement son discours et de se construire un personnage qu’il qualifiait avec un sourire au coin et en la jouant modeste, de saisonnier de la politique, insinuant qu’il avait incontestablement la capacité de damer le pion aux plus chevronnés des permanents de la politique, note-t-il.

Evoquant la mesure relative à la ponction sur les salaires, il a révélé que l’ancien Premier Ministre annonça «sa fameuse mesure de ponction sur les salaires sans entreprendre aucun tour de table. Nous l’avons appris presque en même temps que l’opinion publique, si bien que nous étions incapables d’en expliquer la genèse et de convaincre dans notre propre entourage. Avec le recul et connaissant parfaitement la roublardise du personnage, il est fort à parier que cette histoire de ponction n’était au départ une idée de lui, il l’aurait saisie au vol bien avant son intronisation, ses talents incontestables d’adaptateur ayant fait le reste». Ce haut responsable à la retraite a souligné, par ailleurs, que «la  plupart de nos responsables, l’orgueil à fleurs de peau, sont toujours piégés par des petits rapporteurs indignes qui attisent le feu des rapports conflictuels en inventant les détails les plus fantaisistes et les plus outrageants pour susciter leur colère et leur réaction brutale».

Faiçal Bedjaoui

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