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La reprise du dialogue est soumise à des préalables : Les concessions attendues de Sanchez

En pleine crise diplomatique qu’il a lui-même provoqué avec l’Algérie en apportant, mars dernier, son soutien à la thèse du Maroc sur le Sahara occidental, Pedro Sanchez change son fusil d’épaule. 

Sommé par la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, de reprendre le dialogue énergétique avec l’Algérie et acculé par le Parlement et la classe politique espagnols,  le président du gouvernement espagnol souhaite se rendre en Algérie. Dans sa réponse, hier, à un journaliste qui couvrait la conférence de presse commune tenue à Berlin avec le Chancelier Allemand Olaf Scholtz et interpellé par les médias à propos de l’Algérie, Pedro Sanchez n’a pas caché son « désir » de se rendre en Algérie. Un « vœu » loin d’être innocent et qui ne semble nullement mu par un quelconque sentiment de regret ou de repentance. Politiquement instable et « non fiable », Sanchez est acculé de toutes parts. 

La hausse inédite de la facture des importations de gaz et qui devrait se traduire par une augmentation toute aussi inédite des prix de l’énergie et de l’inflation par ricochet alimente le mécontentement de l’opinion publique et de la classe politique espagnoles qui lui reprochent la légèreté avec laquelle il a pris des décisions qui ont lourdement affecté et dégradé les relations stratégiques algéro-espagnoles. Il est également cloué au pilori par ses partenaires européens qui le pressent de reprendre langue avec Alger et de relancer le dialogue énergétique. Que ce soit Bruxelles, Paris ou Berlin, les leaders européens prennent conscience de l’effet Sanchez sur l’approvisionnement gazier de l’Europe, d’autant qu’ils cherchent à exhumer le projet de gazoduc Midcat devant acheminer le gaz à partir d’Espagne vers le cœur de l’Europe, en passant par la France. 

Un projet qui ne peut se réaliser sans le consentement d’Alger pour assurer les approvisionnements. Un consentement qu’il devient urgent d’obtenir d’autant que la course au gaz algérien en Europe est lancée et que « le chacun pour soit » prime aujourd’hui sur les principes de « solidarité énergétique » européenne un temps agitée pour rassurer les opinions publiques du « Vieux continent ». La réduction constante des approvisionnements russes et la perspective d’une suspension pure et simple des livraisons de Gazprom à l’Union européenne d’ici l’hiver change la donne. Si le Conseil européen de l’énergie prévoit de se réunir « en urgence » le 9 septembre pour se pencher sur la situation du marché gazier européen, certains pays ont pris les devants. C’est le cas de l’Italie qui a anticipé et tiré les dividendes de ses relations historiques et privilégiées avec l’Algérie pour sécuriser ses approvisionnements gaziers. Le rapprochement approfondi initié par la visite du président italien en novembre 2021 s’est traduit par la signature, à l’occasion de la visite de Mario Draghi au mois de mars dernier, d’un accord pour augmenter, progressivement, de 9 milliards de mètres cubes les livraisons de gaz algérien vers l’Italie. Un accord qui a provoqué un réveil tardif pour certains pays d’Europe. Berlin multiplie depuis les appels du pied pour une plus grande coopération énergétique et cherche désespérément le moyen d’acheminer le gaz algérien en Allemagne, tandis que Paris s’est investie dans une œuvre de réparation d’une relation algéro-française, dégradée par les tergiversations, les surenchères sur les questions de la mémoire, de la circulation des personnes et par des tentatives stériles d’ingérence. Emmanuel Macron s’est d’ailleurs précipité à Alger pour essayer d’effacer ce passif et de repartir sur de nouvelles bases avec une Algérie qui devient incontournable et vers laquelle tous les regards sont tournés.

Une nouvelle gifle pour le Makhzen

Et c’est aujourd’hui le tour de Pedro Sanchez lequel se retrouve dans une situation inconfortable au regard de la bévue qu’il a commise, en allant s’acoquiner avec le Makhzen quitte à se détourner des engagements politiques pris dans le cadre du traité d’amitié algéro-espagnol signé en 2002 et des tentatives de contourner les dispositions contractuelles liant l’Espagne à Sonatrach pour aller sauver son nouvel allié d’une crise énergétique majeure. Si les Espagnols se sont illustrés, plusieurs fois, par leur manque de fiabilité en tant que partenaire commercial, Sanchez a fini par politiquement discréditer Madrid et un retour au dialogue devra se faire au prix de certains préalables. 

L’Algérie réalise bien que la crise ukrainienne lui permet de devenir un partenaire incontournable en matière énergétique et elle n’entend pas se faire doubler et encore moins tendre une perche à un partenaire « peu fiable » changeant d’humeur au grès des pressions et des chantages. Sa compromission avec le Maroc ne lui sera pas pardonnée de sitôt. Il doit pour cela faire amende honorable et prouver sa bonne foi, ce qui est loin de la coupe aux lèvres. S’il est vrai que le Gouvernement Sanchez n’a pas fait de déclaration officielle sur la question du Sahara occidental et qu’il ait laissé au Makhzen le soin de communiquer sur un soutien de l’Espagne à son prétendu plan d’autonomie, l’attitude de Madrid envers Alger par la suite ne laisse pas de place à la tergiversation. 

Ce que le gouvernement Sanchez persiste à faire. Il s’est laissé de la marge pour revenir à ses positions initiales, et multiplie depuis quelques jours les approches en ce sens. La récente sortie du chef de la diplomatie européenne, l’Espagnol Josep Borrell, qui a affirmé que la position de Madrid sur le Sahara occidental va dans le sens de celle de l’UE, soit un soutien au processus onusien de règlement du conflit, laisse présager une nouvelle gifle que sera assénée, cette fois-ci, par Madrid. Mais un retour au dialogue avec Alger, au regard de l’évolution de la situation, devra dépasser la simple concession formulée du bout des lèvres. 

En tant que puissance administrante du territoire du Sahara occidental qu’elle a colonisé, l’Espagne doit permettre au peuple sahraoui d’accéder à son droit inaliénable à l’autodétermination. Une épreuve que ne saurait certainement pas subir le gouvernement Sanchez qui se soumet à la menace marocaine au chantage à l’immigration clandestine. Pour l’Algérie qui a procédé, le 9 juin dernier,  au gel du « traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération » signé le 8 octobre 2002, Madrid devra assumer les conséquences « d’un revirement injustifiable de sa position depuis les annonces du 18 mars 2022, par lesquelles le gouvernement espagnol actuel a apporté son plein soutien à la formule illégale et illégitime de l’autonomie interne [du Sahara occidental] préconisée par la puissance occupante, et s’emploie à promouvoir un fait accompli colonial en usant d’arguments fallacieux », annonçait un communiqué de la présidence de la République. 

Azzedine Belferag

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