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Guerre au Moyen-Orient : Les discussions se poursuivent sur fond de profondes divergences

Alors qu’un blocus maritime américain tente d’etouffer les ports iraniens et qu’un cessez-le-feu fragile vacille sous les tensions, le Pakistan multiplie les navettes diplomatiques pour tenter de maintenir ouverte une fenêtre de négociation entre Washington et Téhéran.

Selon l’agence de presse iranienne Tasnim, citant des sources pakistanaises, une délégation de haut niveau s’est rendue à Téhéran pour transmettre un message américain et préparer un second cycle de pourparlers. Du côté iranien, le porte-parole du ministère des affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, a confirmé lors d’une conférence de presse que de nombreux messages avaient été échangés avec Washington via l’intermédiaire pakistanais depuis l’échec des négociations d’Islamabad. Il a jugé « très probable » la réception d’une délégation pakistanaise dans la journée. Le premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a également entamé mercredi une tournée régionale qui le conduira en Arabie saoudite, au Qatar et en Turquie jusqu’au 18 avril. Selon le ministère des affaires étrangères d’Islamabad, les entretiens en Arabie saoudite et au Qatar se tiendront dans un cadre strictement bilatéral, tandis qu’en Turquie, M. Sharif participera au Forum diplomatique d’Antalya, où il s’entretiendra en marge de l’événement avec le président Recep Tayyip Erdogan ainsi que d’autres dirigeants. Cette tournée s’inscrit dans le prolongement direct des efforts déployés par Islamabad depuis l’échec des négociations tenues sur son sol le week-end dernier.

Ces échanges n’ont cependant pas dissipé les divergences de fond. Téhéran maintient une position ferme sur le dossier nucléaire : M. Baghaei a réaffirmé que le droit de l’Iran à l’enrichissement de l’uranium ne saurait être remis en cause, y compris sous la pression militaire, tout en n’excluant pas des discussions sur le « type et le niveau » de cet enrichissement. Une nuance que Washington, pour l’heure, ne semble pas prêt à entériner.

Sur le terrain maritime, la situation demeure explosive. L’amiral Brad Cooper, commandant des forces américaines au Moyen-Orient, a annoncé dans la nuit que le blocus des ports iraniens avait été « pleinement mis en place », précisant que moins de 36 heures après son entrée en vigueur, les échanges commerciaux maritimes à destination et en provenance de l’Iran avaient été « complètement interrompus ». Une affirmation aussitôt démentie par l’agence iranienne Fars, qui a rapporté qu’un superpétrolier et un vraquier transportant des denrées alimentaires avaient franchi le détroit d’Ormuz pour entrer dans le golfe Persique, malgré le dispositif américain. Le commandement central des forces iraniennes a, de son côté, prévenu que la poursuite du « blocus illégal » constituerait « le prélude à la violation du cessez-le-feu » et que l’Iran agirait pour protéger ses voies d’accès dans le golfe Persique, la mer d’Oman et la mer Rouge.

Trump toujours contradictoire

À Washington, les signaux restent contradictoires. Si le président Donald Trump a déclaré à Fox News que la guerre était « très près d’être terminée » et que les Iraniens « voulaient vraiment conclure un accord », un haut responsable américain a dans le même temps démenti que les États-Unis aient formellement accepté une prolongation du cessez-le-feu. Trump a par ailleurs affirmé que Pékin avait accepté de ne pas livrer d’armes à Téhéran et s’est prévalu d’avoir « ouvert le détroit d’Ormuz de façon permanente », à la veille d’une visite prévue à Pékin à la mi-mai. Des déclarations aux contours encore flous, dans un contexte où le Financial Times révélait plus tôt qu’Téhéran avait acquis fin 2024 un satellite espion chinois pour surveiller les bases militaires américaines dans la région.

Sur le plan économique, onze pays, dont le Royaume-Uni, le Japon et l’Australie, ont appelé mercredi à une réponse « coordonnée, responsable et réactive » face aux risques que fait peser le conflit sur la croissance mondiale, les chaînes d’approvisionnement et la sécurité énergétique. La diplomatie russe, par la voix de Sergueï Lavrov en visite à Pékin, a pour sa part réaffirmé que l’enrichissement d’uranium à des fins civiles constituait un « droit inaliénable » de l’Iran, apportant un soutien de principe à la position de Téhéran.

Lyes Saïdi

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