Algérie-France : Macron traite de « mabouls» les partisans de la rupture avec l’Algérie
Un médecin oranais l’a interpellé lors d’une tournée en Ariège. La réponse du président français a fait l’effet d’une gifle pour les tenants de la ligne dure.
Emmanuel Macron n’a pas mâché ses mots. En déplacement lundi dans le département de l’Ariège, le président français a qualifié de « fous » — le terme exact qu’il a utilisé est « mabouls » — ceux qui, en France, réclament une rupture avec l’Algérie. La déclaration, aussi brève que directe, est tombée au cours d’une discussion informelle avec des médecins étrangers exerçant dans les hôpitaux français. Parmi eux, un praticien originaire d’Oran. C’est précisément ce médecin algérien qui a mis le sujet sur la table, en interpellant le chef de l’État sur le rôle des praticiens à diplôme étranger dans le système de santé français. La réponse de Macron a été immédiate : « Allez le dire à tous les mabouls qui disent qu’il faut se fâcher avec l’Algérie. » Une formule qui n’a rien d’anodin dans le contexte actuel.
Car la pique vise un courant bien identifié. Sans citer de noms, Macron s’en prend aux milieux de droite et d’extrême droite français qui, depuis des mois, prônent le bras de fer avec Alger. Le site BFMTV, qui a rapporté l’échange, note que le message est adressé en particulier à Bruno Retailleau, président des Républicains et ancien ministre de l’Intérieur, lequel n’a jamais caché sa préférence pour une politique de « fermeté » à l’égard de l’Algérie. Il cloue aussi les nostalgiques de l’Algérie française, qui continuent d’alimenter la tension entre les deux rives de la Méditerranée.
Les chiffres qu’il a cités ce lundi ancrent son propos dans le réel : les Algériens représentent 36,8 % des médecins à diplôme étranger exerçant en France, selon les données 2024 de l’Ordre des médecins. Loin devant les Tunisiens (12,4 %), les Syriens (9 %) et les Marocains (7,4 %). Macron s’est d’ailleurs emporté contre le traitement qui leur est réservé : ces praticiens, qui constituent une part considérable des effectifs hospitaliers, se voient imposer de repasser des concours pour être titularisés, alors qu’ils exercent déjà. « On a un système qui marche sur la tête », a-t-il lancé.
Les relations entre les deux pays sont dans l’impasse depuis juillet 2024, une période marquée par des épisodes de tension à répétition. Mais depuis quelques semaines, des signaux discrets laissent entrevoir une tentative de dégel. Le nouveau ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a effectué une visite à Alger en février dernier, permettant la reprise d’une coopération sécuritaire et migratoire suspendue. Le président du Medef, Patrick Martin, vient lui aussi d’achever un séjour en Algérie. Et la présidente de l’Institut du monde arabe, Anne-Claire Legendre, est attendue prochainement à Alger.
Les mots de Macron s’inscrivent dans cette logique de réengagement prudent. Ils insinuent, en langage politique, que la voie de la confrontation n’est pas la sienne, dans l’espoir de renouer le dialogue avec un partenaire qui s’impose comme stratégique comme Paris et qui entend asseoir un rapport d’égal à égal.
Hocine Fadheli

