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Le numéro deux du département d’État américain à Alger : Washington courtise l’énergie et les minerais algériens

Le numéro deux du département d’État américain a multiplié les rencontres lundi avec les ministres algériens de l’Énergie et des Mines, consacrant une visite de travail aux enjeux stratégiques d’un partenariat en pleine accélération.

La visite de Christopher Landau, sous-secrétaire d’État américain et bras droit de Marco Rubio, n’avait rien d’un déplacement protocolaire. Arrivé à Alger lundi pour une visite de travail, le numéro deux de la diplomatie américaine a consacré sa première journée à des entretiens au contenu résolument économique, rencontrant successivement le ministre d’État chargé des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, et le ministre des Mines, Mourad Hanifi. Deux secteurs clés, deux rendez-vous qui dessinent les contours d’un partenariat bilatéral en mutation profonde.

C’est au ministère des Hydrocarbures que la matinée a débuté, en présence du PDG de Sonatrach, Noureddine Daoud. Le communiqué officiel du ministère précise que les deux parties ont examiné « l’état des relations de coopération bilatérales algéro-américaines et les perspectives de leur renforcement, notamment dans les domaines des hydrocarbures ». Une formulation sobre qui recouvre des enjeux considérables. Mohamed Arkab a mis l’accent sur la qualité des échanges en cours entre Sonatrach et les géants américains du secteur. Les discussions avec ExxonMobil et Chevron, entamées depuis plusieurs mois, portent sur des projets structurants : exploration du bassin de l’Ahnet et du bassin de Berkine avec ExxonMobil, évaluation du potentiel offshore méditerranéen avec Chevron dans le cadre d’un accord signé en janvier 2025. Le ministre a appelé à « élargir les domaines de coopération pour inclure l’industrie manufacturière, les nouvelles technologies, notamment celles liées à la réduction des émissions, ainsi que la recherche et le développement, l’innovation et l’échange d’expertises ».

De son côté, le ministre a présenté la stratégie nationale de développement des hydrocarbures, articulée autour de l’intensification de l’exploration, de l’augmentation des capacités de production et du développement des industries pétrochimiques. Il a également mis en avant « un environnement d’investissement attractif reposant sur un cadre juridique incitatif, des procédures simplifiées et un accompagnement continu des investisseurs », selon le communiqué du ministère. Landau, pour sa part, s’est dit « satisfait du niveau des relations distinguées entre l’Algérie et les États-Unis », saluant « le climat des affaires positif qu’offre l’Algérie » et réaffirmant « l’intérêt des entreprises américaines à renforcer leur présence et leurs investissements à travers des partenariats à long terme ».

Les minerais stratégiques, nouveau terrain de coopération

Dans l’après-midi, c’est au ministère des Mines que Landau a poursuivi ses consultations, aux côtés de la secrétaire d’État Karima Bekir Tafer. Le communiqué ministériel indique que les deux parties ont passé en revue « les opportunités d’investissement et de partenariat entre les institutions des deux pays, notamment au niveau des différents maillons de la chaîne de valeur du secteur minier, particulièrement dans les domaines de l’exploitation et de la transformation des ressources minérales, notamment les minerais stratégiques et critiques qui entrent dans les industries technologiques avancées et les énergies renouvelables ».

La formulation est révélatrice. Les « minerais stratégiques et critiques » — lithium, cobalt, manganèse, terres rares — sont au cœur des rivalités géopolitiques mondiales. Washington, qui cherche à diversifier ses approvisionnements face à la dépendance vis-à-vis de la Chine, voit dans le sous-sol algérien un gisement d’opportunités. Mourad Hanifi a présenté les grands axes de développement du secteur, les projets en cours et à venir, ainsi que le cadre législatif régissant les activités minières. Il a invité les entreprises américaines « à saisir les opportunités disponibles et à contribuer au développement du secteur minier en Algérie ». Un appel du pied explicite, relayé par l’accent mis sur le renforcement des partenariats entre le groupe Soarem et des institutions spécialisées dans l’exploration, l’exploitation et la valorisation minières.

Cette journée de rencontres s’inscrit dans un mouvement plus large de rapprochement entre Alger et Washington, marqué par les visites de Massad Boulos, conseiller spécial du président Trump pour l’Afrique et le Moyen-Orient, dont la dernière remonte au mois de janvier dernier. À l’issue de sa rencontre avec le président de la République Abdelmadjid Tebboune, Boulos avait mis en avant « les importantes potentialités d’élargissement des relations commerciales entre les deux pays ». Un mémorandum dans le domaine de la défense avait également été signé le même mois.

La visite de Landau coïncide aussi avec le lancement de la deuxième phase du projet Baladna, une ferme bovine géante dont le coût total dépasse 635 millions de dollars, prévoyant l’importation de 30 000 vaches américaines à partir de novembre 2026 — un contrat qui illustre la diversification sectorielle du partenariat algéro-américain.

Si l’économie a dominé l’agenda de cette première journée, la sécurité régionale reste en filigrane de la visite. Le Sahel, où l’instabilité persiste, constitue un dossier sur lequel Alger demeure un interlocuteur incontournable pour Washington, au vu de ses frontières communes avec le Mali, le Niger et la Libye.  Au bout du compte, la visite de Christopher Landau à Alger traduit une réalité nouvelle : l’Algérie est désormais perçue à Washington non plus seulement comme un partenaire sécuritaire dans la lutte contre le terrorisme, mais comme un acteur économique stratégique, riche d’hydrocarbures, de minerais critiques et d’un marché intérieur en plein développement. Pour Alger, l’enjeu est de transformer cet intérêt renouvelé en investissements concrets, porteurs de transfert technologique et de création de valeur ajoutée sur le sol national.

Samira Ghrib

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