L’Algérie lance son programme national de formation dans le domaine
Former les compétences pour la révolution de l’IA
Deux ministres, un même institut, et une ambition affichée : doter l’Algérie de compétences locales en intelligence artificielle avant que le retard ne se creuse davantage. Ce dimanche à Rahmania, dans la banlieue algéroise, la ministre de l’Enseignement et de la Formation professionnels Nassima Arhab et le ministre de l’Économie de la connaissance, des Start-up et des Micro-entreprises, Noureddine Ouadah ont coprésidé le lancement officiel du Programme national de formation en IA, au sein de l’Institut national spécialisé de formation professionnelle. Une initiative interministérielle qui entend répondre à une urgence concrète : former vite, former bien, et ouvrir derrière la voie vers l’entrepreneuriat. Le dispositif n’est pas sorti de nulle part. La formation des formateurs avait déjà débuté le 15 janvier dernier, posant les fondations avant que le programme lui-même ne soit officiellement engagé. Il se déroule sur douze semaines au total : huit semaines de formation intensive, puis quatre semaines de projets applicatifs. Ce séquençage traduit un parti pris pédagogique clair — le terrain d’abord, la théorie au service de la pratique, pas l’inverse.
Prenant la parole lors de la cérémonie, Nassima Arhab a campé le programme dans une perspective d’État. Ce programme, a-t-elle dit, « incarne l’engagement ferme de l’État à investir dans les compétences nationales », qu’elle a qualifiées de « pilier fondamental pour accompagner les mutations technologiques rapides que connaît le monde d’aujourd’hui ». Elle a tenu à préciser que l’initiative ne relève pas d’un seul département : il s’agit selon elle « du fruit d’une coopération étroite entre le ministère de la Formation et de l’Enseignement professionnels et le ministère de l’Économie de la connaissance, des Startups et des Micro-entreprises », dans le cadre d’une vision stratégique visant à « préparer des compétences capables de s’intégrer rapidement dans l’environnement numérique et de contribuer à l’innovation de solutions répondant aux exigences du marché ».
Sur la méthode, la ministre a décrit une « approche moderne » qui place le terrain au cœur du dispositif. Les stagiaires ne seront pas cantonnés à des exercices académiques : ils travailleront directement sur des chantiers réels, et « vivront une expérience professionnelle qualitative à travers des projets concrets ». C’est là précisément qu’interviennent les startups — non comme caution symbolique, mais comme cadre d’application effectif, avec accès aux dernières technologies et aux modèles d’IA les plus récents.
De son côté, Noureddine Ouadah a situé l’enjeu dans une dynamique plus large. Ce programme « constitue une nouvelle brique dans le parcours visant à relever le défi de l’intelligence artificielle », a-t-il déclaré. Il a insisté sur ce qu’il a appelé un travail « participatif et intégratif » entre les deux ministères, dont l’objectif ne se limite pas au placement professionnel. Il s’agit aussi, a-t-il précisé, « d’équiper le marché national de compétences capables d’accompagner l’évolution fulgurante de l’IA », et de donner à ces jeunes « la possibilité de créer leurs propres entreprises, via l’incubateur d’affaires et le Centre de développement de l’entrepreneuriat ». Cette dernière dimension a été mise en acte dès la cérémonie. Les deux ministres ont inauguré, dans la foulée, le premier incubateur d’entreprises de l’Institut de Rahmania. L’espace est destiné à ancrer une culture entrepreneuriale auprès des stagiaires et diplômés, à soutenir les projets innovants et à encourager ceux qui veulent aller au-delà du salariat. La cérémonie s’est conclue par une présentation du programme et la remise de distinctions aux enseignants ayant contribué à son élaboration — une reconnaissance qui dit quelque chose sur l’investissement humain derrière le dispositif. Ce double lancement s’inscrit dans un agenda numérique que le gouvernement algérien pousse depuis plusieurs années : soutien aux startups, cadre réglementaire assoupli pour les jeunes entrepreneurs, développement de plateformes publiques dématérialisées. Le programme d’IA vient s’y greffer avec une spécificité notable : il passe par la formation professionnelle, secteur longtemps cantonné aux métiers manuels, qu’il s’agit désormais de connecter à l’économie de la donnée et de l’algorithme.
Samir Benisid

