Déversement de déchets médicaux à la « Sebkha » d’El Mahmel (Khenchela) : La Gendarmerie nationale ouvre une enquête
La Gendarmerie nationale a ouvert une enquête sur le déversement anarchique de déchets médicaux dans la zone humide de la sebkha d’El Mahmel, dans la wilaya de Khenchela. Face aux risques environnementaux et sanitaires que font peser ces pratiques illégales sur cet écosystème fragile, des mesures d’urgence ont été décidées par les autorités locales.
Une nouvelle alerte environnementale secoue la wilaya de Khenchela. Les services de la Gendarmerie nationale ont ouvert une enquête sur une affaire de déversement de déchets médicaux dans la zone humide de la sebkha d’El Mahmel, apprend-on de source relevant de l’APC d’El Mahmel. Selon cette dernière, ce cas n’est pas isolé, suscitant une grande préoccupation en raison des menaces que ces pratiques font peser sur l’environnement et la santé publique. Cette intervention fait suite à de nombreuses plaintes de citoyens dénonçant la dégradation avancée du site, connu localement sous le nom de « Chatt Sebkha ». Sur place, les autorités ont constaté la présence de déchets ménagers et de gravats, ainsi que la prolifération d’insectes et d’odeurs nauséabondes. Plus grave encore, des déchets médicaux, incluant des résidus pharmaceutiques et du matériel usagé, auraient été abandonnés de manière anarchique, ont expliqué les mêmes sources.
Une visite de terrain a été organisée sous la supervision du chef de daïra d’Ouled Rachache, en présence de plusieurs responsables locaux et représentants de secteurs concernés, notamment la Gendarmerie nationale, les services de l’agriculture, des forêts, de l’environnement, de la santé, l’Office national de l’assainissement et la Protection civile. Des acteurs de la société civile, des associations environnementales et des habitants de la région ont également pris part à cette opération de constat.
Selon nos sources, l’enquête en cours vise à identifier les responsables de ces pratiques illégales, tandis que des patrouilles de contrôle ont été renforcées dans la zone. Parallèlement, l’APC d’El Mahmel, en coordination avec la direction de l’environnement, a lancé des campagnes périodiques de nettoyage afin de limiter les dégâts. Des instructions fermes ont également été données pour apporter des solutions immédiates à ces atteintes à l’environnement.
Parmi les mesures envisagées figurent le raccordement des exploitations agricoles voisines au réseau d’irrigation utilisant les eaux traitées, l’aménagement et la clôture de cette zone humide — la sebkha en l’occurrence — afin de mieux la protéger, ainsi que la réalisation d’analyses des eaux souterraines afin d’évaluer l’étendue de la contamination.
Selon les mêmes sources, ces actions s’inscrivent dans une démarche de préservation de la sebkha d’El Mahmel, considérée comme un patrimoine naturel d’importance écologique et culturelle. Située entre l’Atlas tellien au nord et l’Atlas saharien au sud, cette zone humide peut atteindre une superficie de 612 hectares en période de fortes précipitations et se trouve à une altitude de 1 070 mètres. Elle constitue un habitat privilégié pour de nombreuses espèces d’oiseaux migrateurs, dont certaines sont protégées à l’échelle internationale, à l’image du flamant rose, dont les effectifs peuvent dépasser 880 individus lors des périodes de migration. Cependant, cet écosystème reste fortement menacé par la pollution, l’exploitation anarchique, le braconnage, ainsi que des pratiques incontrôlées telles que le camping sauvage et la circulation non réglementée sur ses berges.
Face à la gravité de la situation, les habitants ont intensifié leurs appels à l’intervention des autorités, notamment à travers une campagne sur les réseaux sociaux. Ils ont interpellé le premier responsable de la wilaya de Khenchela, Slim Harizi, pour exiger des mesures urgentes afin de mettre fin à la « catastrophe écologique ». Selon eux, comme rapporté par notre source, la contamination du site a déjà des répercussions visibles sur la faune locale et les ressources hydriques, plusieurs puits situés à proximité étant désormais impropres à la consommation et à l’irrigation, ce qui menace directement la production agricole et la santé des consommateurs.
Ainsi, entre urgence environnementale et enjeu de santé publique, le dossier de la sebkha d’El Mahmel met en lumière la nécessité d’un contrôle rigoureux de la gestion des déchets, en particulier médicaux. L’issue de l’enquête et l’application effective des mesures annoncées seront déterminantes pour éviter que ce site naturel ne bascule durablement dans la dégradation.
Sofia Chahine

