À la UneÉconomie

8e Foire des produits algériens en Mauritanie : Une diplomatie économique à l’œuvre

Avec plus de 350 entreprises et la visite de dizaines d’ambassadeurs, la 8e Foire des produits algériens en Mauritanie s’impose comme le symbole d’une stratégie d’exportation continentale désormais assumée.

Nouakchott, capitale mauritanienne, s’est muée en vitrine de l’économie algérienne. Depuis mardi, les pavillons de la 8e Foire des produits et services algériens bruissent de négociations, d’échanges de cartes de visite et d’admiration diplomatique. Avec une participation qualifiée de « record » par le ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations — plus de 350 entreprises réparties sur des secteurs aussi divers que l’agroalimentaire, la pharmacie, l’électroménager ou les technologies — cet événement bisannuel n’est plus un simple salon commercial. Il est devenu, en huit éditions, l’instrument privilégié d’une ambition africaine que l’Algérie entend désormais afficher sans complexe. La cérémonie d’ouverture, coprésidée mardi par l’ambassadeur d’Algérie en Mauritanie, Amine Sid, et la ministre mauritanienne du Commerce et du Tourisme, Zeinebou Mint Ahmednah, a posé d’emblée le cadre politique de l’événement. Autour de la tribune officielle, on retrouvait les présidents du Conseil d’affaires algéro-mauritanien et de la Fédération algérienne des exportateurs, ainsi qu’un représentant du Conseil du renouveau économique algérien (CREA) : la mobilisation institutionnelle témoignait à elle seule de l’enjeu.

Dans son allocution, Amine Sid a voulu placer la foire dans une perspective historique. Cette 8e édition, a-t-il déclaré, « est une nouvelle étape pour renforcer le partenariat économique entre les deux pays, sur fond d’une dynamique croissante, reflétant la volonté commune des présidents Tebboune et Ould Cheikh El Ghazouani ». Une formulation qui dit l’essentiel : derrière le salon commercial se profile une relation d’État à État que les deux chefs d’exécutif ont délibérément choisie de densifier. L’ambassadeur a étayé ce propos en évoquant les 29 accords signés lors de la récente grande commission mixte algéro-mauritanienne, couvrant des secteurs aussi stratégiques que l’énergie, les transports et l’industrie. Ces textes constituent, selon lui, « une nouvelle structuration de la coopération économique » qui donne à la foire de Nouakchott une dimension bien supérieure à celle d’une opération de promotion commerciale. Les échanges bilatéraux, évalués à plus de 400 millions de dollars, confirment que la relation a déjà atteint une masse critique.

Le produit national sous les projecteurs

La deuxième journée, mercredi, a apporté une validation inattendue, et symboliquement forte, de la démarche algérienne. Plusieurs ambassadeurs accrédités en Mauritanie, représentant des pays arabes et européens, ont parcouru les allées de la foire. Leur visite, soulignée avec soin par le communiqué du ministère du Commerce extérieur, n’était pas protocolaire : les diplomates ont inspecté les pavillons, interrogé les exposants, et pris acte de l’étendue de l’offre algérienne. Ils ont, selon le communiqué officiel, « exprimé leur admiration quant au niveau d’organisation et à la qualité des produits, saluant l’évolution de l’industrie et des services en Algérie ainsi que leur capacité croissante à accéder aux marchés internationaux ». Ils ont, dans la foulée, réaffirmé « la volonté de leurs pays de renforcer la coopération économique et commerciale avec l’Algérie et d’explorer les opportunités de partenariat et d’investissement conjoint ». La foire se transformait ainsi, le temps d’une matinée, en forum de prospection multilatérale. Les 350 entreprises présentes à Nouakchott — dont une proportion notable de start-up proposant « des solutions innovantes », selon le communiqué — illustrent cette volonté de montrer un appareil productif national en cours de modernisation.

La Mauritanie occupe une position charnière entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne, et ses réseaux commerciaux irriguent une sous-région que l’Algérie entend pénétrer. Amine Sid l’a dit explicitement : l’événement s’inscrit dans « l’orientation de l’Algérie vers le renforcement de sa présence en Afrique ». La foire, prévue jusqu’au 11 mai, est autant un outil de rayonnement qu’un levier commercial. Le ministère du Commerce extérieur a qualifié l’ensemble de « plateforme stratégique pour la promotion du produit algérien et le renforcement des partenariats multilatéraux ». C’est précisément cette double vocation — commerciale et politique — qui distingue la 8e édition de ses prédécesseurs.

En huit ans, la Foire des produits algériens en Mauritanie a grandi en même temps que les ambitions exportatrices d’Alger. Les chiffres de cette édition — 350 exposants, des dizaines de diplomates, des centaines de millions de dollars d’échanges en toile de fond — dessinent les contours d’une stratégie africaine que le gouvernement assume désormais pleinement.

Sabrina Aziouez

admin

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *