Palestine occupée : Le nettoyage ethnique s’accélère !
Pendant que la communauté internationale multiplie les déclarations d’intention, la machine de guerre et de colonisation sioniste poursuit méthodiquement son œuvre de destruction. Trois séries de données publiées samedi dressent un tableau glaçant de ce que les Nations unies elles-mêmes n’hésitent plus à documenter comme un processus de nettoyage ethnique en cours, de Ghaza à la Cisjordanie occupée.
Cisjordanie : 40.000 déplacés en moins de cinq mois
C’est par la voix de son propre porte-parole adjoint, Farhan Haq, que l’ONU a mis des chiffres sur ce que les Palestiniens vivent au quotidien dans une Cisjordanie livrée aux colons armés. Depuis le 1er janvier 2025, quelque 40.000 Palestiniens ont été contraints de fuir leurs terres et leurs maisons sous la pression conjuguée des démolitions et des violences coloniales. Rien que durant la première semaine de mai, 42 personnes — dont 24 enfants — ont été jetées hors de chez elles après que des colons sionistes eurent détruit leurs habitations. Le porte-parole onusien a été explicite : l’occupant sioniste et les colons armés, qui opèrent sous la protection directe de l’armée sioniste, « poursuivent leurs attaques sans relâche dans toutes les villes de Cisjordanie ». Les cibles de ces attaques, a-t-il précisé, sont « les Palestiniens et leurs biens, qui sont les habitants originaires de la région ». La formulation est rare dans le langage diplomatique onusien, et elle dit tout : ce ne sont pas des incidents isolés, c’est une politique. Une politique de substitution de population qui répond à la définition même du nettoyage ethnique.
Ghaza : la destruction de la santé mentale s’ajoute au génocide
À Ghaza, la destruction ne s’arrête pas aux corps. Elle atteint désormais la parole elle-même. Selon des spécialistes alertant depuis l’enclave assiégée, environ 1,1 million d’enfants ont besoin d’un soutien en santé mentale et d’un accompagnement psychosocial. Mais au-delà des chiffres, c’est un phénomène clinique singulier et terrifiant qui s’impose aux médecins : des enfants qui cessent de parler. Pour certains, les causes sont organiques — traumatismes crâniens, lésions neurologiques, blessures d’explosion. Pour d’autres, aucune lésion n’est visible. Leur silence est la réponse d’un psychisme submergé à une violence qui dépasse toute capacité d’assimilation. Katrin Glatz Brubakk, psychothérapeute pour enfants ayant travaillé à deux reprises à Ghaza avec Médecins Sans Frontières, nomme ce phénomène une « souffrance silencieuse », souvent dissimulée derrière l’ampleur visible des destructions. Elle décrit des enfants plongés dans un état de sidération totale : « Ce sont des enfants qui ont été exposés à un traumatisme extrême et qui, sans aucune cause médicale, arrêtent de parler. » Leur mutisme, insiste-t-elle, « n’est pas un choix. C’est une réaction physique. »
Cette spécialiste, forte de douze ans d’expérience sur le terrain dans les zones de conflit les plus meurtières, est formelle : rien de comparable n’existe dans ses annales professionnelles. « Je travaille sur le terrain depuis 12 ans, et rien n’est comparable à Ghaza. Absolument rien. » Ce qui rend la situation particulièrement dévastatrice, explique-t-elle, c’est la combinaison d’une violence totale et d’une absence absolue d’échappatoire : « Vous ne pouvez pas obtenir l’aide dont vous avez besoin, physiquement ou mentalement, et vous ne pouvez pas vous échapper. Il n’y a nulle part où aller. » À l’hôpital Hamad, le Dr Musa al-Khorti, chef du service d’orthophonie, confirme une augmentation des cas de mutisme sélectif et d’aphonie hystérique — perte fonctionnelle de la voix liée à une détresse psychologique extrême. Sans prise en charge, ces troubles compromettront durablement le développement de toute une génération.
Le bilan de l’agression génocidaire sioniste contre Ghaza s’alourdit encore. Les autorités sanitaires palestiniennes font état, ce samedi, de 72.736 martyrs et 172.535 blessés depuis le 7 octobre 2023, en majorité des femmes et des enfants. Au cours des dernières 48 heures, cinq nouveaux martyrs et quinze blessés ont été transférés vers les hôpitaux. Les équipes de secours précisent que de nombreuses victimes se trouvent encore sous les décombres — autant de morts que les chiffres officiels ne comptabilisent pas encore.
Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu le 10 octobre dernier, 850 Palestiniens supplémentaires sont tombés en martyrs et 2.433 autres ont été blessés. Les corps de 770 martyrs ont pu être récupérés. Le cessez-le-feu n’a pas mis fin au massacre ; il en a simplement ralenti le rythme.
Ce que ces trois faits documentent ensemble, c’est l’anatomie d’un génocide : des terres volées en Cisjordanie, des esprits brisés à Ghaza, des corps comptés par dizaines de milliers. Un peuple que l’on cherche à effacer — de ses terres, de sa mémoire, et jusqu’au mot dans la bouche de ses enfants.
Lyes S.

