52 accords pour installer le Made-in-Algeria au cœur de l’Afrique
Cinquante-deux accords. C’est le bilan provisoire — et déjà éloquent — de la 8e édition de la Foire des produits et services algériens à Nouakchott, qui referme ses portes ce lundi après six jours d’une activité commerciale soutenue. Depuis l’ouverture le 5 mai, les opérateurs économiques des deux pays ont signé à un rythme soutenu : 27 textes dès le jeudi, puis 25 autres le samedi, en présence de l’ambassadeur d’Algérie en Mauritanie, Amine Sid. Les secteurs couverts par ces accords témoignent d’une diversification réelle. Câbles électriques, dispositifs médicaux, industrie mécanique, services de santé, hydraulique, enseignement supérieur, solutions pour start-up : le spectre est large, bien au-delà des produits agroalimentaires ou des matériaux de construction qui constituent généralement le gros des exportations hors hydrocarbures. Le ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, organisateur de l’événement, a souligné dans un communiqué que ces résultats confirment «le succès de la foire, qui s’est muée en une véritable plateforme économique pour la conclusion de partenariats et l’ouverture de nouvelles perspectives de coopération et d’investissement». La Mauritanie n’est pas un marché anodin dans la stratégie d’exportation algérienne. Pays sahélien enclavé, dépendant de ses importations pour une large partie de ses besoins industriels et sanitaires, il représente un débouché naturel pour une industrie algérienne qui cherche à capitaliser sur la proximité géographique et les liens historiques. La présence de l’Union nationale du patronat mauritanien (UNPM) parmi les signataires de samedi traduit un intérêt qui n’est pas que protocolaire : les entrepreneurs mauritaniens voient dans les produits algériens une alternative compétitive aux importations européennes ou asiatiques.
Sur le sol de l’exposition, les rencontres d’affaires bilatérales — les sessions dites B2B — se sont poursuivies en marge des cérémonies de signature. Leur objet : examiner les opportunités de partenariat, mais aussi, plus concrètement, élargir les réseaux de distribution et les canaux de commercialisation. Ce travail de terrain, moins visible que les paraphes officiels, conditionne en réalité la durabilité des accords conclus. La fréquentation du salon a, selon le ministère, été marquée par «une forte affluence des familles et des professionnels mauritaniens, très intéressés par les produits et services algériens exposés». L’intérêt s’est notamment concentré sur l’agroalimentaire, les équipements électroménagers, les matériaux de construction et l’industrie pharmaceutique. Ce dernier secteur mérite attention : quatre des vingt-sept accords du jeudi portaient sur les services de santé, un domaine où l’Algérie a consenti des investissements industriels significatifs ces dernières années et où elle dispose désormais d’une offre exportable crédible. L’engouement mauritanien pour ces produits «reflète le niveau de confiance acquis grâce à leur qualité et à leur compétitivité», selon le communiqué ministériel — une confiance qui se construit sur la durée, et que sept éditions précédentes de la même foire ont contribué à forger.
Plus de 350 entreprises algériennes ont fait le déplacement à Nouakchott, représentant des secteurs productifs et de services variés. C’est une mobilisation notable, qui traduit une adhésion croissante du tissu industriel national à la logique d’exportation. Le contexte général n’est pas sans importance. L’Algérie mène depuis plusieurs années une politique délibérée de substitution aux importations et de promotion des exportations industrielles, portée par des directives présidentielles répétées. La Mauritanie s’inscrit dans une cible prioritaire : pays arabe, voisin géographique, marché en développement, partenaire au sein de l’Union africaine. La foire de Nouakchott n’est pas un événement isolé ; elle s’articule avec des initiatives similaires menées dans d’autres capitales africaines, dans une logique de maillage progressif du continent. Ce que cette 8e édition confirme, finalement, c’est moins l’existence d’une ambition exportatrice algérienne — connue — que sa traduction opérationnelle. Les accords se signent, les acheteurs viennent, les secteurs se diversifient.
Samir Benisid

