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Détroit d’Ormuz : La rupture entre Washington et Téhéran fait flamber le pétrole

Les négociations entre les États-Unis et l’Iran sur la réouverture du détroit d’Ormuz ont abouti à une impasse ce lundi, poussant les cours du pétrole à la hausse et ravivant les inquiétudes sur la stabilité des marchés énergétiques mondiaux. Le Brent gagnait 1,74 % à 103,05 dollars le baril à 14h00 GMT, tandis que le WTI progressait de 1 % à 96,37 dollars, faute d’accord en vue entre les deux parties.

La journée avait commencé sous tension. Dimanche soir, Donald Trump avait qualifié sur son réseau Truth Social la réponse iranienne à la proposition américaine de « totalement inacceptable ». Téhéran avait répliqué par la voix de son porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, qui a défendu lors d’un point-presse hebdomadaire la position iranienne : « Tout ce que nous avons proposé dans le texte était des demandes raisonnables et responsables ainsi que des propositions généreuses, non seulement pour les intérêts nationaux de l’Iran, mais aussi pour le bien, la stabilité et la sécurité de toute la région et du monde. » Le porte-parole a précisé que Téhéran réclame « la fin de la guerre dans la région », la levée du blocus américain des ports iraniens et « le déblocage des avoirs appartenant au peuple iranien, qui sont injustement bloqués depuis des années ».

Le fossé entre les deux positions est désormais patent. Washington et Téhéran ne s’accordent pas sur le périmètre des discussions : l’Iran conditionne tout accord à un règlement global incluant la cessation des hostilités au Liban, quand les États-Unis semblent vouloir traiter la question du détroit indépendamment du reste du conflit régional.

Le coût économique de cette paralysie est considérable. Selon Helge André Martinsen, analyste énergie senior pour DNB Carnegie, seuls 3,9 millions de barils par jour transitent actuellement par le détroit d’Ormuz, contre 20 millions avant la guerre — soit « une perturbation nette d’environ 16,1 millions de barils par jour ». « Nous restons à des niveaux de perturbation extrêmement élevés des flux pétroliers en provenance du Moyen-Orient », a-t-il souligné.

Plus grand choc énergétique connu

Le PDG d’Aramco, Amin Nasser, est allé plus loin lors d’un appel avec des investisseurs, estimant que la guerre au Moyen-Orient a déclenché « le plus grand choc énergétique » connu. « Même si le détroit d’Ormuz rouvrait aujourd’hui, il faudrait encore des mois pour que le marché se rééquilibre », a-t-il averti, ajoutant que tout retard supplémentaire de quelques semaines repousserait le retour à la normale jusqu’en 2027.

La crise dépasse le seul terrain pétrolier. Jorge Moreira da Silva, chef du groupe de travail des Nations unies chargé de négocier un mécanisme de passage pour les engrais via le détroit, a lancé une alerte à l’AFP : « Nous avons quelques semaines pour éviter ce qui sera probablement une crise humanitaire majeure. » Un tiers des engrais mondiaux transitent ordinairement par cette voie maritime stratégique. Selon lui, le blocage pourrait plonger « 45 millions de personnes supplémentaires dans la faim ». La saison des semailles touche à sa fin en Afrique dans quelques semaines — un délai qui ne laisse guère de marge. « C’est une question de temps. Si nous ne nous attaquons pas rapidement à la source de la crise, nous devrons en gérer les conséquences avec de l’aide humanitaire », a-t-il conclu.

L.S.

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