Gestion portuaire : Une société algéro-chinoise dédiée au dragage créée
Le ministre des Travaux publics, Abdelkader Djellaoui, a présidé dimanche 10 mai au siège de son ministère une séance de travail consacrée à deux chantiers portuaires interdépendants : la création d’une société mixte algéro-chinoise dédiée au dragage permanent des ports nationaux, et l’accélération des travaux d’extension du port phosphatier d’Annaba, dont la livraison conditionne le démarrage des exportations minières promises par le président Tebboune avant la fin de l’année.
La réunion s’est tenue en présence des responsables de l’Agence nationale de réalisation des infrastructures portuaires (ANRIP), de la Méditerranéenne des travaux maritimes (MEDITRAM), du Laboratoire d’études maritimes (LEM) et des représentants de la China Harbour Engineering Company (CHEC). Elle fait suite aux instructions présidentielles émises lors du Conseil des ministres du 19 avril dernier.
Sur le premier dossier, l’état d’avancement des procédures de constitution de la société mixte a été passé en revue, avec la présentation d’un plan de travail et d’un calendrier de mise en œuvre par phases. Le défi qu’elle est censée résoudre est structurel : le manque de dragage des port induit une perte des tirants d’eau, ce qui peut contraindre à ne recevoir que des navires de faible tonnage, engendrant des surcoûts de fret considérables. Présente en Algérie depuis 2008, la CHEC est un partenaire rodé dans ce type de montage. La future entité devrait s’inscrire dans le modèle déjà éprouvé de la règle 51/49 %, la majorité algérienne au capital étant assurée par MEDITRAM, qui apporte la connaissance du terrain et les équipes formées. Le plan de travail présenté lors de cette réunion détaille les étapes de mise en œuvre et le calendrier d’exécution du projet. La future société mixte sera chargée du renforcement des tirants d’eau des quais et des bassins portuaires afin de permettre l’accostage de navires de plus grand gabarit, d’améliorer la fluidité logistique et de renforcer la compétitivité des ports algériens face à une concurrence régionale qui s’intensifie.
Le second dossier est plus urgent encore. L’extension du port d’Annaba s’inscrit dans le grand projet de phosphate intégré, initié pour relier l’extraction minière, la transformation industrielle et l’exportation à travers une chaîne logistique continue allant des gisements de l’Est jusqu’aux marchés internationaux. Concrètement, il s’agit d’un terminal minéralier de 82 hectares, avec un quai de 1 600 mètres linéaires et une profondeur de 16 mètres, réalisé par un consortium réunissant la CHEC, Cosider Travaux publics et Meditram, pour un investissement de 620 millions de dollars.
La pression du calendrier est explicite. Le président Tebboune avait annoncé devant le Parlement en décembre 2025 que la première cargaison de phosphate algérien était attendue au port d’Annaba d’ici la fin de l’année 2026, avec un objectif de production nationale à terme de dix millions de tonnes annuelles. Lors de sa visite sur site le 9 avril, Djellaoui avait insisté sur la nécessité de maintenir une rotation de travail de 24 heures sur 24 et de mobiliser l’ensemble des moyens humains et matériels. La séance du 10 mai évalue ce qui a bougé depuis et lève les obstacles restants. Derrière ces deux chantiers se lit une seule ambition : que les ports algériens soient à la hauteur d’une économie qui entend exporter bien plus que des Hydrocarbures.
Samir Benisid

