Ebola de retour en RDC : L’OMS déclenche une urgence sanitaire intrenationale !
L’Organisation mondiale de la Santé a déclenché dimanche une urgence de santé publique de portée internationale face à une épidémie d’Ebola qui frappe la province de l’Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo. Le virus en cause est le variant Bundibugyo, pour lequel il n’existe aucun vaccin homologué. Le même jour, un premier cas était confirmé à Goma, grande ville de l’est congolais, faisant craindre une propagation dans toute la région des Grands Lacs. Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a statué que le virus « constitue une urgence de santé publique de portée internationale, mais ne répond pas aux critères d’une urgence pandémique. » Il s’agit du deuxième niveau d’alerte le plus élevé dans le dispositif de l’organisation, instauré en 2024, juste en dessous du statut d' »urgence due à une pandémie ». Une distinction qui ne doit pas faire illusion sur la gravité de la situation : 336 cas suspects et confirmés ont été recensés à ce stade, pour 87 à 88 décès selon les sources, dans une zone dont l’accès reste difficile et où les tests en laboratoire ne couvrent qu’une fraction des cas réels.
Au 16 mai, l’OMS avait confirmé en laboratoire huit cas et enregistré 246 cas suspects dans la province d’Ituri, auxquels s’ajoutent un cas confirmé à Kinshasa et un décès à Kampala, en Ouganda, tous deux liés à des voyageurs récemment revenus de la zone foyer. L’Africa CDC, agence sanitaire de l’Union africaine, fait état de chiffres légèrement différents : 336 cas suspects pour 88 décès vraisemblablement imputables au virus. La divergence entre les bilans s’explique par les conditions sur le terrain : l’Ituri est une région aurifère traversée par d’intenses flux migratoires liés à l’activité minière, partiellement sous le contrôle de groupes armés, où les équipes sanitaires ne peuvent pas toujours accéder librement.
C’est la dix-septième épidémie d’Ebola enregistrée en RDC depuis l’identification du virus en 1976 à Yambuku. Mais celle-ci présente une caractéristique qui préoccupe particulièrement les experts : la souche Bundibugyo n’a été détectée que deux fois auparavant dans l’histoire, en Ouganda en 2007 et en RDC en 2012. Sa longue absence a ralenti les recherches, contrairement à la souche Zaïre, responsable des épidémies les plus meurtrières, contre laquelle des vaccins et des traitements ont été développés. Ngashi Ngongo, conseiller principal au CDC Afrique, a qualifié la réapparition de cette souche de « signal d’alerte », précisant que « des équipes de recherche ont déjà commencé à planifier des études destinées à appuyer la riposte. » Jean Kaseya, directeur général du CDC Afrique, a été direct : « Lors d’une épidémie d’Ebola, nous ne pouvons pas confirmer tous les cas. » Le ministre congolais de la Santé Roger Kamba avait, lui, averti que cette souche présentait « une très forte létalité qui peut atteindre 50%. »
La confirmation d’un cas à Goma a ajouté une dimension nouvelle à la crise. Selon le professeur Jean-Jacques Muyembe, directeur de l’Institut national de recherche biomédicale, « il s’agit de l’épouse d’un homme décédé d’Ebola à Bunia », principale ville de l’Ituri et épicentre actuel de l’épidémie. « Après la mort de son mari, elle a rejoint Goma alors qu’elle était déjà contaminée », a-t-il expliqué. Goma est une ville-carrefour : frontalière du Rwanda, densément peuplée, elle concentre des flux de personnes et de marchandises qui en font l’un des points les plus sensibles de toute la région. Le gouvernorat a indiqué avoir « immédiatement activé les mécanismes de riposte sanitaire », la patiente a été isolée et les autorités procèdent à l’identification des cas contacts, avec un renforcement des contrôles aux entrées et sorties de la ville.
Le mode de transmission du virus reste celui que l’on connaît : contact avec les fluides corporels ou le sang d’une personne infectée, vivante ou décédée. Les malades ne deviennent contagieux qu’après l’apparition des symptômes, avec une période d’incubation pouvant aller jusqu’à vingt et un jours. Ce délai, combiné à la mobilité des populations dans une zone minière active et partiellement inaccessible aux équipes de santé, constitue le principal facteur de risque de propagation régionale qu’Africa CDC a explicitement signalé.
La précédente épidémie congolaise, dans la province du Kasaï, s’était déclarée en septembre 2025 et avait causé 45 décès. Celle d’Ituri est déjà deux fois plus meurtrière, dans des conditions de terrain autrement plus complexes.
L.S.

